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ARTISTES
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Caroline DUCHATELET 

La recherche de Caroline Duchatelet porte sur le paysage et la lumière. Elle a commencé par la sculpture, puis ses créations se sont insérées dans un paysage, une architecture. L'artiste s'est ensuite mise à l'écoute de la lumière elle-même. Elle réalise alors des installations in situ, associées à des compositions lumineuses. Elle continue aujourd'hui en explorant le champ de la vidéo et filme des paysages se transformant sous la lumière, dont une série consacrée à l'aube.



François Jullien : Des transformations silencieuses qui font le monde, extrait du catalogue Caroline Duchatelet, Ed. Villa Saint-Clair, 2014

«  (...) ce qui s'engage ici est une transformation silencieuse, opérant imperceptiblement, ou, si j'ose avancer cet adverbe, « nuitamment ». Car, au lieu de nous faire chavirer par son plein, celui d'un beau porté d'emblée à son comble, cette scène débute-t-elle par un complet évidement, dans un complet dénuement ; plutôt donc que de capter par son intensité, cette transformation silencieuse est un appel à la disponibilité.

J'appelle transformation silencieuse une transformation qui se fait sans bruit, donc dont on ne parle pas. Silencieuse dans les deux sens : elle opère sans crier gare, on ne songe pas à en parler. Elle se produit ostensiblement sous nos yeux, mais ne se repère pas, et ce pour deux raisons conjointes : parce qu'elle est à la fois globale et continue, elle ne se démarque pas suffisamment, sur un point ou sur un autre, ou bien d'un moment à l'autre, pour introduire une rupture qui puisse fixer notre attention. Elle ne se démarque jamais assez, si j'ose dire, pour qu'on la remarque. Comme c'est tout, en elle, qui se trouve concerné, et qu'elle se produit dans la durée, rien ne s'en détache suffisamment qui la fasse surgir, à un instant donné, dans le champ de la visibilité. Ou quand, enfin, elle émerge à notre attention, qu'on l'appréhende et qu'on en parle, c'est à titre de résultat.

Caroline Duchatelet produit des « transformations silencieuses – je vois là la dénomination la plus juste de son travail. Si je dis qu'elle les « produit », c'est qu'il ne s'agit pas là de figuration ou de représentation, mais de la mise en oeuvre de telles transformations. Non seulement parce qu'une transformation silencieuse ne peut d'aucune façon s'inscrire dans un tableau et se représenter, mais surtout parce que le dispositif ou le protocole qui est ici institué tend – c'est là son sens – à intégrer le sujet humain dans la transformation ; celui-ci n'en est pas seulement spectateur. En même temps qu'on voit la transformation s'opérer sous nos yeux, on est pris, peu à peu envahi, par (dans) ce qui se constitue chaque fois en monde du seul fait de ce tout de ce qui a lieu. »




Cyril Neyrat, Notes sur trois films de Caroline Duchatelet (extrait)
Exposition à la Compagnie, en partenariat avec le FID Marseille, 2011.

Répondant à Camus, Ponge écrivait : "Bien entendu le monde est absurde. Bien entendu la non-signification du monde. Mais j'ôterais volontiers à l'absurde son coefficient de tragique". Pareillement, les films de Caroline Duchatelet invitent à alléger l'inquiétude de son poids de tragique ou d'inquiétant. En somme, à ôter sa majuscule à l'Inquiétude métaphysique, selon laquelle les choses ne sont appropriées que lorsqu'elles reposent dans leur être. Contre le pathos occidental de l'Etre et du Repos, Caroline Duchatelet filme l'in-quiétude du monde comme son état le plus naturel. S'accorder à l'inquiétude de la transformation, c'est être en paix avec le monde. L'aube modèle une profondeur végétale, immobile et vibrante, des nuages entrent et sortent du cadre, une image du passé apparaît puis s'efface. Pas de narration, mais un débordement d'imagination : la montée de la lumière creuse une double profondeur. Dans l'image : la profondeur du monde matériel. En soi : profondeur spirituelle de la mémoire, de l'imagination.


Caroline Duchatelet's work explores questions of landscapes and light. She first worked with sculpture, her works later becoming integral parts of a particular landscape or architectural setting. The artist then turned her attention to light itself, translating the passage of light, its variations, materialization and decline, with site specific installations and luminous compositions. Duchatelet, more recently, has experimented with video, namely in a series of filmed dawns in which the experience of landscape is embodied through changing light.



« (...) what is at play here is a silent transformation, an occurrence that takes place imperceptibly, in “nightness” as it were. For instead of bowling us over by a fullness, by a beauty totally and immediately realized, the scene begins with an utter hollowing out, with total bareness; we are not made captive by its intensity; we are made available through its silent transformation.

What I call a silent transformation is a transformation that occurs without a sound, one therefore we do not talk about. It is silent in both meanings of the term: it happens without sound and is passed over without a word. It happens ostensibly, before our eyes, but it isn't noticed. The transformation is both total and continuous; there is nothing remarkable about it, at any time, in any way, that might create a rupture and attract our attention. Silent transformations never stand out or get noticed. The change takes place over time and is entire, allowing nothing to emerge into the visual field at any given moment. And if the silent transformation registers at last, so that we can actually apprehend and talk about it, it is only as a result.

Duchatelet produces “silent transformations;” this to me is the most accurate way to describe her work. To say “produces” is to use the word advisedly as her work does not raise the question either of figuration or representation but rather of the workings of transformation. Not only because such silent change is impossible to either capture or represent on canvas, but also because the device or protocol introduced here attempts to integrate – and herein lies its meaning – the human subject into the transformation; we are no longer just a spectator. Indeed, as the transformation occurs before our eyes, we are gradually overtaken, permeated by (into) the world ever-in-the-making, simply by virtue of being part of the shifting totality of that which takes place. »

François Jullien, The Silent Transformations of which the World is Made excerpt from the catalogue Caroline Duchatelet, Ed. Villa Saint-Clair, 2014 - Trad. Heather Allen




To film daybreak is to take in the inception of the visible. The gradual increase of daylight both unveils the material world and defines its contours. During the video, the image's constant metamorphosis demonstrates the extreme plasticity of the visible, its infinite ability to appear and to disappear, to give form to and to deform.

Caroline Duchatelet's gesture is a ritual that is both a welcome and a moment of attention, a quiet ceremony repeated for each new dawn. To choose the place and time, to define the frame, and to let light carry out its work, in silence. What takes place in the image is not exactly an epiphany, or revelation: For the light does not reveal a definitive image; it does not expose a picture. It shapes the constant variations of the perceptible, governing the inherent games of line and color, of surface and depth. Of course, in most of these videos, the play of light does in fact give rise to an image. But the course of video is not determined by an image per se, like some conclusion or final destination. Quite the opposite is true, the reverse of the familiar and stable snapshots we so often see. Indeed, it is a question here of returning to that state of instability preceding composition. Caroline Duchatelet's daybreaks do not recount the history of an image—they dwell on its prehistory.

Cyril Neyrat, Notes on Three Films by Caroline Duchatelet , excerpt,
Exhibition at La Compagnie, with the FID Marseille 2011


Techniques et matériaux


Feuilles, voiles, poussières
Vidéo, lumières, ombres, jour, temps, silence
Mots Index


lumière / light
paysage
étendue / expanse
horizon
silence
impermanence
image-mouvement
temps
champs de références / repères artistiques


Lire, marcher
les brumes et les terres de Tarkovsky
Les peintres de la lumière
Vermeer
Turner, Mark Rothko, James Turrell
Bill Viola, Walter de Maria, Gordon Matta Clark
Claudio Parmiggiani, Antonello da Messina