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ARTISTES
DE A à Z


Martine DERAIN 

Elle réalise des interventions éphémères ou pérennes pour l'espace public. Les techniques sont diverses : papier, béton, photographie, film... comme leurs lieux d'apparition : Marseille, Palestine, Maroc ou Suisse. Elle aime travailler en dialogue : avec Laure Maternati, poète et éditrice, de 1994 à 1999, avec Dalila Mahdjoub, plasticienne et designer, de 1997 à 2005, avec Ex Nihilo, compagnie de danse contemporaine depuis 1998 ou encore avec Hassan Darsi et les artistes de la Source du Lion à Casablanca depuis 1996. 

De 2000 à 2004, elle a partagé l'expérience de La Compagnie, atelier d'artistes implanté dans le centre-ville de Marseille (Belsunce). C'est là qu'elle croise le chemin de l'association Un Centre-Ville Pour Tous, qui défend le droit des habitants actuels de ce quartier historique, lieu d'accueil des travailleurs du Maghreb. Cette complicité l'amène en 2004 à se placer avec l'association aux côtés des habitants de la rue de la République, menacés d'éviction dans le cadre de la réhabilitation en cours. Elle mènera parallèlement à cette action une «campagne» photographique sur la transformation de la rue et sera intégrée à l'équipe de recherche mandatée par le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA-MEDDAD) pour analyser cette mobilisation/participation exemplaire. 

C'est pour rendre compte de cette expérience associant habitants, artistes, militants et chercheurs, qu'elle crée en 2010 Les éditions commune. Plusieurs titres ont paru depuis, dont la collection Récits d'hospitalité de l'Hôtel du Nord avec la conservatrice du patrimoine et historienne de l'art Christine Breton (c'est l'histoire de Marseille écrite depuis ses quartiers populaires) ou la collection Cinéma hors capital(e) avec le collectif de cinéastes Film Flamme.

De 2011 à 2013, elle a été directrice artistique du Quartier créatif de l'Abeille à La Ciotat, résidence d'artistes et programme participatif de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, où elle a invité Film flamme à réaliser des films de fiction dans une cité ouvrière de la ville. Elle travaille depuis avec le cinéaste Jean-François Neplaz et le collectif Film flamme et poursuit l'édition de textes d'artistes et de chercheurs.





Paul-Emmanuel Odin, La méthode Derain
Texte de présentation - conférence de Martine Derain à l'école des Beaux Arts d'Aix-en-Provence le 23 mars 2009

Y-a-t-il une méthode "Martine Derain" ? Ou plutôt, en quoi le travail de Martine Derain soulève-t-il avec précision, entre art et politique, des questions de méthodes ? Déjà, ce questionnement, où se glissent l'imprévu, le jeu de l'artiste avec les codes, les pouvoirs, avec des petits bouts souvent dérisoires mais peut-être d'autant plus vivants et plus redoutables, dépasse d'un cran qualitatif les simples évidences de beaucoup d'interventions artistiques pseudo-politiques, qui s'en tiennent trop souvent à une critique post-politique, parfois jusqu'au cynisme le plus odieux. C'est déjà se situer au niveau de friction, de confrontation violente, entre un réel et ce qu'on en dit, dans des tensions réciproques, asymétriques. C'est déjà serrer les enjeux d'une situation avec sa complexité humaine, et la mettre en relation avec le sens qui lui est donné. Le politique a à voir avec l'institution de la parole, sa répartition dans la société, les fonctions terribles de la parole.

D'où, toujours, et d'abord, et chaque fois, à partir d'une intuition, d'une rencontre, un travail implacable de documentation, et d'analyse, et ensuite un prendre-parti, une prise de position assumée, et ensuite, l'invention d'une forme, que cela soit pour l'idée formidable des tickets modifiés en passeur insaisissable de la ligne de bus entre Ramallah et Jérusalem, pour une intervention pérenne à l'intérieur d'un nouveau foyer Sonacotra (en collaboration avec Dalila Mahdjoub), pour la revue murale et urbaine Numéro (en collaboration avec Laure Maternati), ou pour un document sous forme de livre autour du parc abandonné de La Source du Lyon à Casablanca, jusqu'au militantisme au sein de Un Centre Ville Pour Tous autour de la rue de la République à Marseille qui lance l'artiste dans une nouvelle expérience éditoriale.

Il y a finalement toujours quelque chose de la psychanalyse institutionnelle dans le travail de Martine Derain, au sens elle utilise un seul moteur, un désir qu'il faut dire moins politique que politisé. Loin d'être accablé par un tel projet dans sa rigueur, nous sentons au contraire que l'audace de sa raison libère notre légèreté, notre vie, ses interstices.



Techniques et matériaux


Tous matériaux selon le projet (papier imprimé, béton, verre, bois, photographie, vidéo...)