Les jardins du regard
débutée en 2024
Il arrive de construire un projet d’exposition comme on cultive collectivement un lopin de terre : en sachant se positionner et s’entourer. Il s’agit, dans ce type de démarche, de s’organiser autour de ce désir groupal de produire ensemble. A défaut de se réunir autour d’une pratique partagée, une idée est venue structurer et concrétiser cette envie car si les affinités aident à une certaine connivence, il y a aussi un intérêt partagé autour du végétal. Cet attrait est sans doute infusé dans notre imaginaire par son extraordinaire, foisonnante et peu domptable présence dans notre région d’exercice de la Côte d’Azur. La vie s’y joue sur l’extérieur une large partie de l’année et le jardin est un écrin de choix pour accueillir cette vie hors-les-murs. Rares sont ceux parfaitement domestiqués, créant des porosités entre espace privée et espace public, la végétation débordant quasi systématiquement des limites initiées par l’homme.
Ces espaces végétalisés dans l’organisation urbaine écrasée de chaleur deviennent des repères de régulation voire même de survie quant aux enjeux climatiques qui s’annoncent. Le jardin quitte ainsi progressivement sa simple dimension d’aménagement pour la détente ou de démonstration de richesse pour celui de régulation et de ponctuation dans la déambulation urbaine, une nécessité écologique visant à maintenir la viabilité de l’espace urbain. Que ce soit par le volume, la photo ou le dessin, nos pratiques cherchent le plus souvent à offrir un cadre autre que géographique à cet espace. Il s’agit de partager un regard sur un instant, rendre compte de nos préoccupations ou simplement de donner à le voir autrement.
Dans ce projet cela implique d’envisager le jardin comme un support au regard et non comme un terrain d’intervention. L’espace jardin orienté par une pratique plastique. Ce projet d’exposition est une invitation à laisser son regard parcourir ces différentes perspectives comme autant d’accès différents aux jardins.
Dans cette série, le jardin est envisagé dans sa fonction d’espace extérieur privatif et, par extension, dans son dialogue au lieu de vie auquel il est, généralement, accolé. Ainsi, Fenêtre(s) sur jardin, petite référence au voyeurisme hitchckokien, explore ce qui se donne à voir, ou se dérobe, d’un jardin vu de l’intérieur d’un habitat. La série cherche à retranscrire l’expérience intime vécue par les propriétaires, révélant comment ils perçoivent et interagissent avec leur extérieur.
Le focus se fait sur les interactions entre les espaces, la frontière entre intérieur et extérieur, sans se limiter à l’imagerie occidentale. Cette série cherche à dépasser les vues conventionnelles, et souvent biaisées, visant la plupart du temps à vendre le confort et privilège du jardin privé, pour un accès moins consumériste, plus concret, où le jardin ne se laisse parfois qu’entre-apercevoir.
À travers l’utilisation délibérée du noir et blanc pour les intérieurs en contraste avec les couleurs pour le jardin, Fenêtre(s) sur jardin cherche à mettre en lumière le véritable sujet de ces dessins, invitant les spectateurs à réfléchir à leur propre relation avec les environnements jouxtant leur lieu de vie, entretenus ou non, accessibles ou simplement observés, fermés ou supposément ouverts mais toujours désirés comme tels par une volonté et intervention humaine. |
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Vue d'exposition, Galerie Eva Vautier
Photographies François Fernandez |
Vue de l'exposition Les jardins du regard, Maison Abandonnée (Villa Cameline), Nice, 2024
Photographies Favret-Manez |
Vue de l'exposition, Les jardins du regard, Espace Larith, Chambery, 2024
Photographies Favret-Manez |