Mehdi MOUTASHAR 

Vues de l'exposition 109 carrés-losanges, Le Farinier, Abbaye de Cluny
22 juin / 2 octobre 2022
Crédit photos Daniel Pype
 
 
Vue générale
 
 

Au premier plan :

Double carré dont un plié à 68°, 1988
Métal peint, pigment,105 x 150 x 255 cm

 
 

Vue latérale :

Carré magique pivotant sur lui-même en 5 mouvements, 1989
Métal peint et crayon, 177 x 177 cm chaque

 
 

Projet d’installation pour la salle basse
Caoutchouc
Non réalisé

 
 
Mehdi Moutashar | 109 carrés-losanges, Le Farinier, Abbaye de Cluny

La proposition imaginée pour l’étage inférieur du Farinier de l’Abbaye de Cluny consiste en une vaste résille posée à fleur de sol.
Réalisée en caoutchouc noir découpé au jet d’eau – matériau nouveau dans l’œuvre de l’artiste – elle se déploie en épousant l’implantation des quatre colonnes centrales qui soutiennent les voûtes en croisées d’ogives.
Son dessin général est issu d’une trame entièrement guidée par le plan de construction des voûtes : un carré-losange posé sur sa pointe, dont la répétition reflète la composition générale de l’édifice.
Un peu à la manière d’un carré magique, ce module de base se subdivise à son tour en multiples carrés-losanges, chaque entité étant elle-même redivisée en diagonale en deux triangles égaux, évidés à leur tour en autant de segments de même largeur, l’un plein, l’autre vide.
C’est à l’intérieur de ce simple rythme binaire que d’inscrivent d’autres mouvements : chacun des carrés de la trame est en fait formé d’un premier triangle où les segments sont fixes, orientés soit verticalement soit horizontalement, et d’un second où ils progressent mathématiquement suivant un angle de 10°. Le dessin qui en résulte décrit des suites concentriques, aimantées par la base octogonale des colonnes.
L’alternance des pleins et des vides à l’intérieur d’un matériau compact et de faible épaisseur, la transparence qui laisse affleurer le pavement, contribuent à générer une sorte de relief, jamais le même en fonction des angles de vue qui accompagnent la déambulation du visiteur, un relief qui a la fois creuse le sol et en détache l’œuvre... Quelque chose en somme comme un écho au miroitement de la lumière sous les arcs mouvants des voûtes.
Clairement dédiée à la structure et à la légèreté des arcs brisés de l’architecture gothique, cette installation, à mi-chemin entre sol et voûte, convoque aussi d’autres références, à l’intérieur d’une exposition inspirée par la route de la soie : la géographie, avec l’Orient dont proviennent nombre des tissus anciens exposés, un Orient que partage l’artiste, né sur les rives de l’Euphrate ; tout autant que la thématique du tissage, qui s’invente toujours entre chaîne et trame, à la fois solide et en apesanteur, une dualité dont le mythe du tapis volant est la figure la plus parlante.

Arles, 18 avril 202
 
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