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Flags parade, performance, 25’, 2024
Activé par Mallaury Scala et Grégoire Schaller |
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| Des corps textiles est une proposition du plasticien français d’origine iranienne, allemande et polonaise Darius Dolatyari-Dolatdoust, pensée pour la Scène Nationale de Malraux à Chambery. Elle donne à voir une sélection d’œuvres textiles (patchworks, quilts, feutres), de peintures, de costumes, de photographies, de vidéos et de performances, reflétant ainsi le caractère protéiforme de sa démarche, traversée par une pluralité de mediums et de formats. |
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Inventory, patchwork de tissus, 50 x 50 cm - 2023
La chambre du matador, quilt, 180 x 120 cm - 2023 |
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La mort, combinaison matelassée et masque tricoté - 2017 |
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Body landscape, patchwork de tissus, 100 x 900 cm - 2018 - En collaboration avec Nanna Rosenfeldt-Olsen |
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L’ange, masque en vannerie, haut en voile de coton et pantalon en tissu souple - 2017 |
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Portraits of Lovers 2, quilt, 96 x 66 cm - 2022 |
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The siamese lovers, patchwork de tissus, 330 x 215 cm - 2021 |
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Les oiseaux, série photographique des costumes issues de la performance Flags Parade
en collaboration avec Paul Rousteau - 2022 |
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Paysage, feutre, 135 x 190 cm - 2023 |
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Dancing, installation textile et vidéo documentaire, 9’00“ - 2023 |
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Les oiseaux, série photographique
L’étoile, haut en plastique rembourré et pantalon en laine matelassé - 2017
Wearing the dead, vidéo performance , 7’21“ - 2020 |
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| Des corps textiles est une proposition du plasticien français d’origine iranienne, allemande et polonaise Darius Dolatyari-Dolatdoust, pensée pour la Scène Nationale de Malraux à Chambery. Elle donne à voir une sélection d’œuvres textiles (patchworks, quilts, feutres), de peintures, de costumes, de photographies, de vidéos et de performances, reflétant ainsi
le caractère protéiforme de sa démarche, traversée par une pluralité de mediums et de formats.
J’ouvre une porte. Des corps se projettent ici et là sur le textile : corps amoureux, corps animaux, corps absents, corps familiaux, corps créatures rabattus sur des surfaces, ils se fondent dans leur environnement, comme pour mieux habiter le décor. Entre les montagnes, les fleurs, les herbes folles et les nuages, sous l’obscurité du clair de lune et le rayonnement du soleil, les silhouettes découpées s’ébattent et se battent. Le paysage les regarde à travers la fenêtre. Au pied d’escaliers qui ne mènent nulle part et de lits défaits, des vases, des jarres, des amphores, fragments archéologiques d’une culture fantasmée.
Darius est d’origine iranienne, par son père. Longtemps, il a souhaité s’y rendre, - pour y rencontrer sa famille, pour mieux saisir d’où il venait - mais ce voyage s’est avéré impossible : s’il veut mettre les pieds sur ses terres, l’état lui impose le service militaire. Dans sa quête des origines, il s’est retrouvé au département des antiquités persanes du Louvre, pour rencontrer les objets archéologiques : bronzes, céramiques, sculptures, uniques traces tant d’une culture inaccessible que d’un passé à jamais éteint. À la recherche d’indices, la Grèce s’est offerte comme une terre de substitution. Aujourd’hui encore, elle renvoie au passé immémorial d’un berceau des civilisations, à l’image de l’Empire Perse fondé il y a plus de 2500 ans. Les scènes des œuvres de Darius Dolatyari-Dolatdoust se composent à partir de ces bribes de mémoires prélevées dans les vitrines de musées. Au même titre que les silhouettes humaines, ces objets sont les autres habitants des paysages domestiques qui se construisent devant nous.
La fenêtre, figure par excellence de la dialectique du dedans et du dehors. Espace de fracture entre le familier et l’étranger, le public et le privé. Ouverte, elle est un lien qui se tisse entre la région du même et la région de l’autre, elle a cette capacité de déployer un espace de projection fictionnel. On retrouve ici le sens originel de la perspective : une fenêtre ouverte sur le monde, ses histoires et ses savoirs. Mais que l’on s’y attarde un peu : les perspectives sont déformées, déformantes, elles semblent mettre à l’épreuve les formes même du réel pour mieux jouer du trompe-l’œil et du faux semblant. Bien plus qu’une image, la fenêtre ouvre un cadre narratif qui nous plonge dans une mémoire reconstituée, falsifiée, comme dé-figurée, à la frontière de l’historicité du réel et des mythologies collectives. |
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Ici, les fenêtres que sont les œuvres exposent des corps à nu, elles dévoilent une intimité masculine qui résiste à l’hégémonie d’une sexualité normative et patriarcale. Devant ces natures mortes de l’intime, il en va d’un aller-retour constant entre la pose et le mouvement : le corps est saisi sur le vif de l’action, d’innombrables postures sont collectées, arrêtés par l’image. Loin de constituer un décor bienséant, au sens étymologique, les corps qui s’exhibent ici sont ceux que l’on souhaiterait conventionnellement dérober au regard : ils batifolent, jouent, luttent, gambadent, s’empoignent et s’emboîtent. Pures surfaces colorées articulées les unes aux autres, elles s’exaltent dans la danse.
Dans un décrochement, les surfaces textiles s’enroulent autour des corps : elles deviennent autant de costumes pour transmuer la physicalité des interprètes. Comme descendues par elles-mêmes des cimaises, les silhouettes figées s’animent dans des performances, métabolisant ainsi le décor. Les costumes eux-mêmes deviennent à leur tour des lieux : espaces de transformation et d’hybridation qui modifient notre rapport au corps, à la danse et au langage. Outils premiers de la création chorégraphique dans le travail de l’artiste, c’est à partir d’eux que toute l’exploration se déplie. Inspirés autant des œuvres persanes que des apparences animales, les tenues modèlent ici des créatures aux visages camouflés par des masques et des maquillages bigarrés. Le langage humain les a quittées : ne s’exprimant plus que par onomatopées, souffles, cris, elles lancent des appels, tentent de s’accorder et de se lier vocalement les unes aux autres. Ces présences indéterminées communiquent pour mieux faire communauté, qu’elles soient réincarnation des fantômes du passé en portant les morts ou oiseaux chatoyants pris dans la parade amoureuse. Par leur joie, leur étrangeté, leur humour irrévérencieux, ces êtres hybrides imaginent cette impossible tentative d’exister autrement. Ils célèbrent la liberté des apparences par l’euphorie de leur propre fluidité. Au même titre que dans son travail plastique, Darius Dolatyari-Dolatdoust bouscule nos perceptions pour mieux saper les conventions sociales établies et réorganiser le réel en l’articulant au passé. L’artiste invente un paysage utopique et nous ouvre sa fenêtre, pour partager la vision d’un monde différent.
Grégoire Schaller |
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| CRÉDIT PHOTOS : DARIUS DOLATYARI-DOLATDOUST |
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