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ARTISTES
DE A à Z


Ariadne BRETON-HOURCQ 

 
Imsour, Maroc 2017
Tirage argentique, 9 x 13 cm


Imsour /tierce photographie
La photographie, sans doute, dérive de la gravure, et fut d’abord un processus d’érosion. Comme les rides des ans sillonnent un visage, image et paysage portent des marques laissées par le temps. Le français, fort commode à ce sujet, a un même mot pour le temps, espace ou durée. La photographie fut inventée en France, et s’avéra sujette au temps qu’il faisait. L’espace, le paysage, est structuré par la lumière, et l’orientation du regard est directement soumise au climat, cet ancien synonyme de stabilité. Le paysage enseigne qu’on donne du champ au regard en dégageant le sol au pied d’un relief. On crée un plan où se dessine la verticale, où se déchiffre l’ombre. Le paysage est un stabile, mais la terre une balançoire permanente… L’arbre est non seulement le corollaire vertical de la lumière, mais une exaltation du sol que son implantation structure. L’histoire de l’érosion est celle des arbres; celle aussi des cultures, des forêts défrichées et des coteaux bâtis de murets qui structurent le sol à leur tour. Le mouvement du sol est arrêté par une convention, passée entre la main et l’œil, et qu’on peut appeler «le pied» (mesure en glaise). Pied de l’arbre, de la colline, pied qui fait défiler aussi le tapis roulant sous le sujet lorsque, par sa visée, celui-ci déclare un paysage. Les séquences de photographies d’Ariadne Breton-Hourcq rejouent la rencontre de ces données, en procédant par le choix d’un site, d’abord, qui suppose la marche à pied, puis le découpage de ce site par l’œil, qui y décrit un second mouvement, comme si l’élan nécessaire pour arriver jusque-là ne pouvait être arrêté tout d’un coup, mais amorti plutôt, jouant encore sur son aire, son ancrage –il s’agit, dirions-nous, d’aller sur le sol ferme comme si l’on était sur les flots. Enfin, toujours en écho de ce mouvement, le regard qui s’attarde pendant la prise de vue, sur tel cadre extrait dans le panorama, se laisse distraire plutôt que de fixer la vue.
Devant la permanence des arts du dessin, la situation s’éclaircit.
La gravure procède d’un geste qui se répète; son dérivé photographique donne la répétion non dans le temps, mais dans une simultanéité telle que tout ce qui outrepasse l’instant de simultanéité, de l’érosion directe, apparaît aussi. Le bougé se propage dans toute l’image.
Mathieu Provensal
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