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Suzanne HETZEL 

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Le 31/03/2021 à Marseille


« J’ai utilisé ces semaines à “inverser les valeurs“. Comprenez-vous cette tournure ? L’alchimiste est au fond l’espèce d’homme la plus méritante qui soit : je veux dire, celui qui transforme la scorie, le déchet, en chose précieuse, en or même. Celui-là seul enrichit : les autres se contentent de faire du change. Ma tâche est tout à fait curieuse cette fois-ci : je me suis demandé ce qui jusque-là, avait été le plus haï, craint, méprisé par l’humanité : et c’est de cela précisément que je fais mon “or“. »

Friedrich Nietzsche ,Turin, le 23 mai 1888, Lettre à George Brandes à Copenhague (extrait), Friedrich Nietzsche, Dernières lettres, Rivages poche 2019.

Quand je regarde mon travail artistique, je ne pense pas prétendre à la qualité d’alchimiste, néanmoins, il porte quelque chose de cette idée d’“inverser les valeurs“ dont parle Nietzsche dans sa lettre à l’écrivain danois.

La rue, les poubelles, les caniveaux mêmes, tout ce que les hommes jettent, abandonnent et balaient hors de leur sphère de proximité constitue une des sources pour mes compositions photographiques. Détachés de toute revendication de propriété, ces objets représentent à mes yeux un support de transformation : faire apparaître le lien profond que nous entretenons avec les formes, reconnaître qu’elles sont aussi liées à une conscience du corps et enfin leur rôle incontestable dans les changements qui s’opèrent en nous.

Nombre de mes Trouvailles m’ont été données par les rues de Marseille : chaussures abandonnées, gants perdus, objets mis au rebut. Les objets ainsi collectés ne m’intéressent pas sous l’angle d’une valorisation des “objets de peu“, des “petits rien que l’on ne voit plus“ ou des “invisibles du quotidien“ comme on a pu le dire de mon travail.

Je vois “la transformation de la scorie en chose précieuse“ rendue possible par notre attention. Plus notre attention est grande à l’égard des choses délaissées, mieux elles prennent la lumière sous un appareil photo par exemple. Plus nous redoublons de soins envers les choses brisées et sales, plus elles acquièrent de l’éclat et cela, le spectateur le perçoit ! Mais pour faire mon or – pour reprendre la métaphore de Friedrich Nietzsche – je vise une mise en partage qui passe souvent par la représentation photographique. Les Trouvailles, une fois nettoyées et éloignées de tout contexte, deviennent des signes et prennent un statut d’offrande. Pour cette raison, la main est particulièrement présente dans mon travail. J’attache un certain pouvoir à la main qui est celui de lier deux mouvements dans un même geste : celui du don et de l’accueil. La main incarne notre capacité de ne pas séparer l’acte d’accueillir, de cueillir, de trouver, de créer de celui d’offrir, de donner, de caresser, d’exposer. Ma photographie se situe à l’exacte articulation des deux mouvements, au moment où ils ne sont qu’un.

Lieu : La compagnie
http://www.la-compagnie.org/portfolio/suzannehetzeldeprintemps/