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Rachel POIGNANT 

L'objet minimal de Rachel Poignant

Comment mouler un phénomène ? Comment mouler une surface ?
Chacun des objets de Rachel Poignant tente de répondre à cette question, de poser l'opération, de la reprendre encore. Depuis 1998, elle recycle le même bloc de paraffine pour en mouler les formes, les accidents et les dénivelés. Cette matière est l'élément premier d'un processus de fabrication, où la sculpture devient une suite d'enregistrements des légères variations de surfaces. C'est dans ce presque rien que se nichent les nuances et les rythmes, les alternances de creux et de reliefs qui font le motif. Ajoutée à cette suite d'objets, Rachel Poignant expose une tentative, celle d'un agrandissement, pour faire et voir en même temps les infimes variations d'une situation.

Rachel Poignant hérite des minimalistes une même approche de la composition par permutation et combinaisons. Mais la figure élémentaire ici, ce n'est pas la géométrie, mais un moment du dispositif de mise en forme : la coulée. L'artiste convoque la pratique, la cuisine et son étendue comme figure du réel, élément à saisir et à explorer. Saisir la coulée, saisir ce moment de la sculpture dans ces infimes variations serait ce qu'il y a de plus fondamental à regarder. Et dans cette approche «  forme, image, couleur et surface, nous dit Judd, sont une seule et même chose et ne sont pas séparées et dispersées » (« specific objetcs »).

L'empreinte est à la fois un objet et un processus. Elle garde la mémoire du contact, de la prise. Avec l'empreinte la main est proche de l'image et la matière de l'art. Avec cette pensée tactile Rachel Poignant ne crée pas de relation au multiple, ou au reproductible. Elle élabore une suite, où ce qui compte ce n'est pas l'objet sériel mais l'écart dans le même.

L'esprit du moule chez Rachel Poignant est intriguant, voir cavalièrement objectif. Loin de la littéralité et de la visibilité défendue par le dogme minimaliste, la forme enregistre l'évènement, et témoigne discrètement, des conditions de sa fabrication. L'objet est minimal, car il reprend « à cru » les éléments de la sculpture : faire de la coulée l'objet à mouler, faire une empreinte tactile et technique, donner corps à la saisie matérielle, à l'image minimale d'un moment en formation. Légèreté de l'accident. Scansions.

Le minimal de l'objet, le maximal du geste technique. Dans ces processus très précis d'élaboration de l'empreinte, Rachel Poignant avance à tâtons. De cette pratique en aveugle, elle choisit les conditions de situation (lumière matière format geste température) sans en maitriser tous les paramètres. Dans ce dispositif , la subjectivité est mise à distance. L'artiste porte son attention sur cette suite d'objets et d'expériences : le temps devient le lieu de la sculpture.

Rachel Poignant a réalisé en novembre 2016 une résidence de production dans les ateliers de production du Cabanon Vertical. La collaboration avec Pierre Jacot-Descombes, technicien et menuisier du collectif, a permis la mise en place et la réalisation d'un moulage à grande échelle avec une occasion d'exposer cette tentative, de l'ajouter dans la suite d'expérimentations de l'artiste.

Angela Freres, Novembre 2016





Lire le PDF : L'imagination au pouvoir, colloque dans le cadre de la nuit des idées, l'Institut Français, modérateur Jean-François Chevrier, 2018




Lire l'entretien réalisé en 1998 avec Anka Ptaszkowska