Karim GHELLOUSSI 

Karim Ghelloussi, biographie romancée


Karim Ghelloussi est né en 1977 à Argenteuil, boulevard Lénine, du moins pas très loin, le soir de l'inaugura- tion du Centre Pompidou. Personne n'y vit jamais une quelconque coïncidence.
Il passe son enfance autour de ce grand méandre que forme la Seine en quittant Paris, un petit territoire à che- val sur les départements de l'Aisne et de la Seine-et-Marne, et une vaste plaine ourlée de montagnes à l'est de l'Algérie.
À l'issue d'une scolarité sans histoires, tout juste égayée par des manifestations lycéennes très formelles, il in- tègre l'École du Louvre. Cénotaphes, damasquinures, vases canopes et périodes intermédiaires ne suffisent pas à le retenir. Il rejoint un cours du soir à Gennevilliers. Puis c'est Nice, la Villa Arson, dont il est diplômé en 2001.
2003, exposition à la Villa Arson.
Convaincu de quitter définitivement Nice, il effectue une résidence à la Cité Internationale des Arts, puis à Montréal, à la Fonderie Darling.

2005, retour à Nice.

2007, résidence aux Beaux-Arts de Chongqing en Chine, à l'issue de laquelle il décide de se mettre au travail.

2009, Present Future, Artissima, Turin. Bala-Drama, galerie Paradise Row, Londres.

2011, Révolution en Tunisie qui chasse Ben Ali du pays. Des centaines de jeunes s'embarquent pour Lampedusa et se retrouvent bloqués à Vintimille. Sur le parvis de la gare, ils attendent.
Maghreb : dos Orillas, Circulo de Bellas Artes, Madrid.

2012, cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, grand retour du refoulé colonial. Élection présidentielle en France, des types en costards foncés ne parlent plus que d'identité : nationale, malheureuse, en crise, grande remplacée. Les mots de l'extrême droite s'installent durablement dans les discours médiatiques. Naissance de sa fille.

2012-2014, Karim Ghelloussi réalise un groupe sculptural, Sans titre (Passagers du silence), constitué d'une quinzaine de personnages, hommes voûtés sous le poids de l'incertitude, dans l'attente. Bardas, sacs, va- lises emmêlées. Enfants. Tous pris dans une boue urbaine qui les fige, efface les traits du visage.
En contre point et dans un mouvement de réévaluation du travail, il réalise un premier portrait de l'économiste Milton Friedman avec des chutes d'atelier
Come invest in us. You'll strike gold, Hilger BrotKunsthalle, Vienne. 2016, Le monde ou rien, Circonstance Galerie, Nice.

2017, Tous des sangs mêlés, MAC/VAL.

2018, Le monde ou rien, Vallauris, puis Annonay.

2018-2019, mélancolie hivernale ou crise de la quarantaine, il se souvient de la cagoule urticante que sa mère
le forçait à porter dans la lumière sans ombre des matins froids à Argenteuil. Mêlant souvenirs, images men- tales et balades via Google Earth, il réalise une série de panneaux de fragments de bois colorés, Ici comme ailleurs (Au Val d'Argent), qui dessinent des vues d'Argenteuil et plus singulièrement du Val d'Argent, vaste ensemble d'habitations conçu dans les années 60.
Waiting for Omar Gatlato, Wallach Art Gallery, New-York.

2020, Sans titre (Ceux qui vivent), série de portraits de manifestants qui partout dans le monde ont défilé en 2019. À Hong-Kong, en France, au Liban, au Chili, en Algérie, ... Cette vague de rébellions bute sur l'épidémie de Covid.
Résidence en Corse (Les Charpentiers de la Corse), exposition collective au 109 à Nice (L'effet domino). Exposition personnelle à Annonay (Ici comme ailleurs) et à Vénissieux (Le chemin est tout fleuri de violettes qu'écrasent les obus).

2021, il écrit de courts poèmes à l'aide d'horodateurs placés sur la voie publique. Fils de rien, exposition personnelle au Dojo à Nice.

2022-2024, Karim Ghelloussi agrafe de petits bouts de papiers sur des panneaux de bois de différents formats. On naît chez nous.
Ses oeuvres sont présentes dans des collections privées et publiques : FRAC Sud, Ile-de-France, Pays-de Loire, Poitou-Charentes, Fonds Municipal d'Art Contemporain de Paris, CNAP, ville de Vénissieux










Marine Schütz : Autour du travail récent de Karim Ghelloussi. Global marqueteries : mémoire des luttes mondiales et actes d'images (2025)
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Entretien avec Alexandra Majoral, 2015
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Revue Trace, Hivers - Printemps 2011, textes d'Olivier Michelon, Alice Motard, Katia Feltrin
Voir le PDF Trace, Exposition [O jardim botanico tropical] à l'Espace d'Art Le Moulin, La Valette du Var, 2011




Ca pourrait être l'esquisse, texte de Karim Ghelloussi, 2009
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Pedro Morais, in newsletter Mécènes du sud n°18
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Entretien avec Jérome Sans, In the Arab world now, éditions galerie Enrico Navarra, 2007
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Elegante ma non troppo, Catherine Macchi, in catalogue La Réserve, édition Ville de Nice, 2005
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“Nonobstant les tours et détours, comme la confiture rejoint toujours le garde-manger, tu finis toujours par y glisser un petit mot qui n'est pas de toi et qui trouble par le souvenir qu'il réveille.”

Ou, comment d'une pratique naît une poétique qui, représentée, devient objet d'exposition...

la dimension onirique en sus

Soit un programme artistique d'investissement de la sculpture compréhensible en deux mouvements.
Un premier mouvement, permanent, correspondant au temps de la pratique en tant qu'elle relève de l'expérience. c'est l'élaboration dans le cadre de l'atelier, fût-il symbolique, d'un ensemble de signes, de matériaux, de gestes, aussi de postures, qui vise à l'extension constante du domaine des possibles. S'y dessinent des ébauches de méthodes qui relèvent autant de l'exercice que de l'occurrence, avec en creux la volonté de défier la résistance du médium : introduction des arts mineurs, d'un horizon non-occidental, etc.
Considérant que c'est la forme qui toujours génère du sens, et non l'inverse, posons, en un second mouvement, la représentation comme mode de médiation. La sculpture, instant de la représentation, agit alors comme pause (dans le temps) et pose (dans l'espace), du flux de l'expérience, et rend ainsi possible sa médiation. C'est dire qu'elle n'est qu'un au-deçà figé, ex-posé.
La sculpture Arabesque me semble correspondre le plus évidemment à cet énoncé.
Soit, le déploiement dans l'espace d'une ligne figurée par les volutes d'un rocking-chair semblant s'échapper d'une cafetière ciselée. Les éléments constituants ne sont que posés, maintenus dans un équilibre précaire qui rejoue l'instant figé. L'élémentarité du dispositif fait tension avec la multiplicité des images convoquées. C'est sur cette tension que s'articule la construction mentale, au sens où la grammaire est l'articulation d'un, discours.

“C'est vrai”, m'a-t-elle répondu en hochant la tête.

En me levant je glissais un dernier regard sur les chaises au soleil. Les jeunes gens étaient allés danser et les chaises demeuraient vides sous le soleil flamboyant. Une boisson quelconque avait été répandue sur la table et lançait des reflets brillants et menaçants.

Karim Ghelloussi, Bordighera, 3 mars 2002











Karim Ghelloussi étudie à la Villa Arson de Nice. D'emblée, il voue une prédilection pour les objets trouvés et les matériaux déclassés. À partir de planches de rebut, il confectionne le Confiturier, dont les pots de confiture, pleins, constituent des éléments de la construction (2000), tandis qu'une expérience similaire de menuiserie approximative donnera lieu à un buffet blanc marqué par les doigts trempés dans l'encre noire au cours de son montage (Sans titre, 2000-2004). Travaillant par assemblage, bris-collage et juxtaposition et n'excluant pas de combler les vides par des éléments de sa fabrication, il élabore un univers poétique dans lequel se côtoient et s'amalgament (Amalgame, "métathèse de l'arable al-madjma'a, la fusion", tel est le titre d'une série de dessins commencés en 2001) deux mondes ancrés de part et d'autre de la Méditerranée. Si le puzzle fait figure métaphorique connue (l'exotisme alpin dans la maison d'oiseau de l'Air des Alpes, 2004), la reconstitution d'une totalité à partir de fragments hétérogènes répond plus spécifiquement à l'idée d'une identité en devenir, comme le manifestent, en une suite de symptômes, les miroirs recomposés de Sans titre de 2004, 2006 et 2007, les surfaces picturales fracturées qui ornent le fragile équilibre de À la foule du haut d'une plate-forme (2005) ou de la tente d'Indiens de D.R.A.S (2005), le calfatage de sacs en plastique du frêle esquif de Et l'unique cordeau des trompettes marines (2007) ou encore les greffes diverses faites aux pots, vases et autres aiguières de la série Études et Chutes commencée en 2001.

Dictionnaire de la sculpture, 2008. Éditions du Regard










“Notwithstanding the twists and turns, just as marmalade always finds its way back to the cupboard, you always end up slipping in a word which doesn't come from you and which proves disturbing because of the memory it rekindles.”

Or, how praxis gives rise to a poetics which, once represented, becomes the object of an exhibition...

The onirical dimension over and above

A program of artistic investment in sculpture that can be understood in two movements.
An initial permanent motion, corresponding to the period of praxis as it relates to experience. It consists in the elaboration, however symbolic, of a group of signs, materials, gestures and postures, which strive to constantly extend the realm of the possible. Methods are sketched out which are as much exercises as occurrences, with the underlying will to overcome the medium's resistance: the introduction of the minor arts, a non-occidental horizon, etc.
Assuming that it is always form which generates meaning and not the opposite, let us posit representation as a mode of mediation for the second motion. As the moment of representation, sculpture then acts as a pause (in time) and a pose (in space) of experience's flux, thereby rendering its mediation possible. That's to say that it is but a frozen here-and-now, ex-posed.
It seems to me that arabesque sculpture is the clearest manifestation of this enunciation.
That is, the deployment in space of a line suggested by the wafts of a rocking chair seemingly sprung out of an engraved coffeepot. The constituting elements are casually poised, maintained in a precarious balance which plays the frozen moment over and over again. A tense relation is established between the device's elementary nature and the multiplicity of images invoked. The mental construction is articulated around this tension, in the sense that grammar is the articulation of a discourse.

“How true”, she answered, shaking her head.

As I got up, I threw one last look at the chairs in the sun. The youth had gone dancing and the chairs remained empty under the blazing sun. A drink had been spilled on the table, giving off shiny, threatening reflections.

Karim Ghelloussi, Bordighera, March 3rd 2002