Arnaud VASSEUX
 
Contre/Gegen a été réalisé à partir d’éléments architecturaux qui participent de l’identité de la galerie municipale de l’école supérieure des beaux-arts de Marseille. Ne sachant pas quelles oeuvres et quel emplacement le commissaire avait choisi pour elles, j’ai opté pour cet espace qui, à priori, ne pouvait pas intéresser les autres artistes invités.
Les deux poteaux ont été emballés par une couche de film étirable (film à palette) et l’une des faces a été retirée pour permettre la projection de plâtre. La partie du film conservée est solidement fixée (au moyen de serre-joints) pour en conserver l’extrême tension produisant des plis qui deviendront les armatures naturelles du plâtre.
Ce plâtre est projeté petit à petit par gouttes pendant 3 jours jusqu’à ce que se forme une paroi uniforme. De très petites encoches sont faites au cutter dans l’épaisseur de la peinture qui recouvre les poteaux; elles constituent les seules prises sur la paroi pour que l'ensemble ne glisse pas le long des poteaux. Elles préviennent aussi du retrait qui est un phénomène naturel lorsque le plâtre sèche. Ce même retrait engendre des déformations importantes qui donnent un aspect bombé à la paroi, comme si elle avait contenu des volumes.
Le film plastique est ensuite retiré et ne reste donc qu’une sorte d’empreinte; la forme enregistre aussi son processus et les mouvements issus des propriétés du matériau dans l’emploi particulier qui en est fait. C’est aussi l’image d’une forte tension qui apparaît renforcée par l’improbabilité de son maintien entre les deux poteaux (improbable par le poids que l’on imagine et par la fragilité manifeste en l’absence de toute armature).


Photographie Marion Mahu
Contre / Gegen 2008
Plâtre non armé, 270 x 260 x 25 cm

Quatre jours avant le terme de l’exposition, un visiteur a malencontreusement heurté la paroi qui s’est entièrement brisée. La décision est prise de laisser les débris en place jusqu’à la fin de l’exposition. L’extrême précarité de la sculpture comprend la possibilité de la chute qu’elle soit le fait d’une cause extérieure ou le fait d’une cause interne (l’évolution du séchage du matériau, par exemple, qui engendre des changements de poids et donc d’aplomb ou d’équilibre).
La chute, l’éboulement ou l’effondrement, ne sont pas considérés comme un échec mais comme un état du travail réalisé. Ces changements de forme et de rapports à l’espace et au lieu constituent l’un des enjeux de cet ensemble de sculptures éphémères.

Contre / Gegen 2008
Version détruite accidentellement pendant la durée de l’exposition
Au second plan, The World System de l'artistes Ole Henrik Hagen
Vue de l’exposition Gegenliebe, échange Marseille / Hambourg, octobre - novembre 2008