Welcoming, 2024
Installation in situ, tressage de branches de saule, torchis en terre crue et crottin de cheval, bois rongés par les castors
Dans le cadre du Festival Ephemere et Durable 2024, aux bords de l'Aire, Grand Genève. Projet réalisé en écho au projet de renaturation de l’Aire mis en œuvre par l’architecte paysagiste Gilles Descombes.
commissariat : Hélène Mariéthoz
Réalisation avec la complicité de Nathan Lerat
Photographies Emmanuelle Bayart |
Alertée par le guide forestier du Canton de Genève de la présence du castor dans la région, je suis allée à sa rencontre. Sa présence dans cette zone de renaturation prend tout son sens. Cet animal a en effet la capacité de restaurer des zones humides par son entreprise permanente de construction de barrages. Il participe fortement à l'expansion des zones de crue et au retour de la biodiversité dans ces zones re-hydratées, en reconnectant la rivière aux plaines alluviales adjacentes.
Sa capacité à restaurer les terres les longs des rivières lui procure une force écologique majeure. Le castor a un autre rapport à l'eau : il la diffuse, il la partage. Aux bords de l'Aire, il pourrait ainsi complexifier le cours d'eau et devenir acteur du réaménagement de ses berges, au même titre que l'architecte ou le paysagiste. Ma proposition artistique Welcoming consiste alors à inviter le peuple castor à œuvrer à leurs côtés dans cette logique commune de restauration écologique. Hutte de castors aux allures de temazcal mexicain, ce refuge nous invite à prendre soin de la rivière et de ses habitant.es. |
Texte de Hélène Mariéthoz :
De sa formation en agronomie, Elvia Teotski garde une approche scientifique dans la réalisation de ses installations artistiques : étude, observation, enquête et construction. L’examen du site de l’Aire l’amène sur la piste du castor. Welcoming organisera l’accueil de cette espèce ingénieure qui semble-t-il concourt à la renaturation des sites. L’artiste lui porjette un hôtel de bienvenue.
Durant le mois de résidence au bord de l’Aire, en contre-bas de la Gavotte à Onex, elle arpente les lieux, interroge voisinage et services de l’environnement, explore les berges, observe la section des branchages. On assure avoir aperçu le mammifère, que quelqu’un l’aurait vu, on affirme qu’il n’y en a pas. Personne ne se prononce formellement. Elvia organise une rencontre avec « Monsieur Castor », qui depuis 40 ans, observe l’anime et veille à une cohabitation harmonieuse entre toutes les espères sur le territoire cantonal. Il semblerait qu’un individu ait effectivement vécu sur l’Aire. Expert et artiste s’interrogent sur la possibilité que l’ingénieux mammifère puisse remonter la rivière depuis l’Arve. Ils conviennent de l’appeler « Castor-pilote ».
La rencontre confirme le procédé de construction que l’artiste souhaite conforme aux pratiques animales : tressage de branches de saule, consolidé par des liens en ficelle naturelle puis couvert d’un torchis de terre crue. La Ferme de la Gavotte se révèle une précieuse ressource, fournit le crottin et le paillage qui viendront recouvrir l’ensemble et designer la hutte. L’ouvrage doit durer. Les semaines de mise en œuvre se passent sous une pluie torrentielle ponctuée de brèves éclaircies qui assurent séchage et insolations. Une étudiante en architecture de passage prête main-forte à Elvia et à son assistant Nathan. L’édifice reçoit l’approbation de M. Castor, tandis que des promeneurs sud-américains s’exclament en le voyant : « Tiens, un Temazcal ! »
Hutte de sudation pré-amérindienne et hôtel de bienvenue pour les castors présentent des similarités. L’art d’Elvia Teotski accueille le vivant à travers l’espace et le temps. |
| Voir aussi : https://dai.ly/x8z8spu |