Anthropoïésis : lieu nomade, 2022
Soie organza tissée (Fujimoto, Ishikawa, JP) ; colle de peau de lapin; la laine de Bergschaf du Tyrol (IT).
Plantes récoltées à Marseille : Place Saint-Sébastopol (polygale, freesia) ; rue en face de la crèche Doria (arbre de Judée, pittosporum du Japon) ; parc du Palais Longchamp (pâquerette, akènes de platane d’Amérique) ; Couvent – Ateliers Juxtapoz (moutarde blanche, ravenelle, ail blanc, coronille de Valence, iris d’Allemagne, roquette cultivée, grand sureau, lilas commun, chardon, chrysanthème couronné).Sciures d’archet en pernambouc ; racines de garance récoltées et broyées à Lauris (Luberon) ; pétales de Sophora japonica ramassés à Lourmarin (Luberon).
Teintures végétales : cuve d’indigotier (Indigo Design, Rudrapur, IN) monté avec du henné ; extrait de chlorophylle de mûrier d’Inde. Trouvailles : branches d’olivier et pavot séché (Couvent – Ateliers Juxtapoz) ; pain au sarrasin raté, colonisé par des champignons (Marseille, 2022) ; phonolite glanée à La Tour d’eau, mont Gerbier (Ardèche) ; silex sculpté et silex naturel couvert de calcaire (Le Quesnel-Aubry, Picardie) ; résidu de métal rouillé trouvé au crassier Crêt de la Faye, Saint-Étienne ; fossile donné par l’artisane Claire Salin. Terre grise séchée de La Motte (Creuse) ; plâtre fin pour modelage ; câble en cuivre oxydé à l’ammoniaque, au sel et au vinaigre ; tasseau de pin ; savon noir (don de Manon Raoul, coordinatrice de Jeune Création) et savon de Marseille dilués dans 100 L d’eau chaude.
Dimensions variables
Vues de l’exposition 72e Jeune Création, Romainville, FR |
Cette installation est composée de savoir-faire artisanaux et de l’histoire des matériaux. La plupart des pièces ont été réalisées durant une période où je partageais la maison et l’atelier avec deux artisanes : Harumi Sugiura, engagée dans la teinture végétale et le plissage, et Ghislaine Garcin, qui travaille le feutrage par le tricot et le tressage. Au contact de leurs pratiques, j’ai associé plissage et eco-print, et mêlé des plantes à la laine pour les feutrer ensemble.
La soie et la laine sont liées à une longue histoire de domestication. Il s’agit d’une activité humaine de création et de production faisant partie du phénomène naturel : l’ « Anthropoïésis ». En travaillant avec les animaux et les plantes, l’humain transforme le vivant en matière. Est-ce une symbiose ou une mise en ressource ?
Le fil de soie est obtenu en plongeant le cocon vivant dans l’eau chaude. Même devenu papillon, il ne se nourrit pas et vole à peine. De nombreuses races de moutons ont été sélectionnées pour que leur laine pousse sans cesse ; sans tonte, elles tombent malades. Dans les deux cas, le retour à l’état sauvage devient presque impossible. Les êtres vivants deviennent ainsi des matériaux dépendants de l’humain. Les plantes ne font pas exception.
L’installation peut paraître légère au milieu de matières diverses rassemblées à Romainville. Pourtant, une violence discrète la traverse. À l’échelle d’un individu, le geste artisanal du textile repose sur une continuité de transformations et de sacrifices. |
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