Masahiro SUZUKI 

Gestes bivouaqués aux châtaigniers morts, 2020

Branchages avec du bois trouvé dans la deuxième forêt du basculeur : châtaignier, charme, hêtre, entoilés avec deux vieux draps donnés par Soledad qu’elle avait récupérés pour la peinture.
Branche du charme taillée à l’échelle d’artiste, vêtement de travail mordancé avec l’acétate d’aluminium : patron et masque en coton (Chita à Aichi [JP]) cousus par l’artisane textile Harumi Sugiura à Marseille, un T-shirt d’Uniqlo.
Teintures végétales avec plantes trouvées sur place : écorces de châtaignier ramassées dans la deuxième forêt, rumex récoltés sur le terrain au chemin de Simandre à Pimarette, fougères aigles récoltées sur le chemin de la deuxième forêt, vergerettes maigres récoltées sur le terrain à l’entrée à gauche de la deuxième forêt du basculeur, matricaire camomille et carottes sauvages récoltées au bord de la rue des Brosses sur le champ de colza à Pimarette, réséda poussé dans le jardin du basculeur.
Mordançage avec clous rouillés trouvés au basculeur. Cuisson des bains faite avec une ancienne grande marmite, prêtée par Delphine Caraz et Frédérique Mousset, qui servait à mettre les grains pour les poules. Colle de peau de lapin, huile de lin, essence d’écorces d’orange, vis.
Dimensions variables

Vues de l’exposition Sous les bois organisée par Jeanne Chopy, Deuxième forêt du basculeur, Cour-et-Buis (Isère), FR
 
 
 
 
 
 
Trois arbres de la famille des châtaigniers, flétris, ouvrent le ciel dans la forêt au sud de l’Isère. À côté d’eux, j’ai transplanté un autre châtaignier tombé pour construire quatre piliers. Sur cette structure, j’ai créé une forme avec plusieurs branches tombées. Enfin ce branchage est entoilé par deux tissus en coton, teints avec les plantes trouvées sur place, chargés de couches de colle de peau, vernis avec l’huile de lin diluée à l’essence d’écorce d’orange. L’œuvre ressemble à un grand cocon esseulé accueillant un cortège d’arbres morts. Dans la forêt, les morts établissent « le futur vivant »1.
 
1. L’anthropologue canadien Eduardo Kohn emprunte le terme « le futur vivant » à Peirce : « Le futur vivant […] ne peut se comprendre sans réfléchir aux liens particuliers que la vie entretient avec tous les morts qui la rendent possible. C’est en ce sens que la forêt vivante est aussi une forêt hantée. Cette façon qu’elle a d’être hantée permet de saisir ce que j’entends quand je dis que les esprits sont réels. » / Eduardo KOHN, Comment pensent les forêts, préf. Philippe Descola, trad. Grégory Delaplace, Zone sensible, 2017 (2013), p. 255.
 
 
Rite du pétrichor, 2022
Vidéo
 
Cette vidéo dialogue avec l’installation in situ Gestes bivouaqués aux châtaigniers morts, créée au sein d’un milieu boisé défiguré par une coupe rase dans le sud de l’Isère. Il s’agit à la fois d’une imprégnation et d’une confrontation de mon processus de création avec ce milieu.
Sous une tente dans la forêt, j’ai vécu pendant une semaine durant laquelle des orages avaient bien hydraté le territoire après une période de grande sécheresse, au début de l’été. Cela m’avait permis d’avoir accès à de l’eau, à la fois pour me laver et travailler les teintures végétales. Peu à peu, mon vêtement de travail s’imprégnait des couleurs de ce milieu, les unes après les autres.
La récolte des plantes, leur décoction, puis le travail des tissus mordancés, dépliés, lavés, essorés, étendus, séchés et tendus sur le branchage : ces gestes de création sont accentués par le caractère du lieu auquel je réagis et dans lequel j’agis par l’intermédiaire des matières que je travaille. Le cri de l’auroch confère à ce milieu une ambiance préhistorique. Il résonne là où reste encore l’odeur de la pluie.
 
Retour