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ARTISTES
DE A à Z


Manuel RUIZ VIDA 

Récipent
Huile et laque sur radiographie 39,5 x2 9,5 cm
Collection particulière, Rome
 
Récipient 2005
Huile, laque et pigment sur ruban adhésif et carton 20 x 15 cm
 

Rencontre avec le peintre Manuel Ruiz Vida  

II affectionne les traces du passé : vieilles pierres, matériaux érodés, couleurs estompées. Pour l'artiste, les objets témoignent toujours d'une Histoire humaine.
Le Temps à l'oeuvre  
…Manuel Ruiz Vida est obsédé par le temps qui passe et les traces qu'il laisse sur les choses. II aime la rouille, les dégoulinades, la moisissure, les taches, les façades décrépies, les auréoles d'humidité ocrant les murs, les lambeaux de papier peint, tout ce qui témoigne d'une desquamation ou d'une détérioration produites, indirectement ou directement, par l'activité humaine. Cela finit par constituer un monde où son regard se réfugie, un lieu tendre et simplement poétique, accueillant, fraternel et humain… A peine sorti de l'école des beaux-arts de Dunkerque, une certaine conception de la peinture espagnole brunissait son oeuvre naissante. Manuel Ruiz Vida regardait le port, ses entrepôts, les citernes des raffineries, les friches industrielles, les engins de chantier, tous les paysages familiers qu'il aimait, et peignait des silhouettes sombres indistinctes, terreuses, fragiles comme peuvent l'être les souvenirs transmis et recomposés. Faire entrer son propre imaginaire dans son oeuvre est moins simple qu'il n'y paraît. Entre l'observation d'un paysage intime et sa représentation il y a une distance que beaucoup d'artistes refusent de franchir, préférant s'en tenir à la forme pure. Il faut accepter d'être inspiré, c'est-à-dire refuser de succomber à la tentation de la fabrication. L'exercice se complique lorsque l'inspiration se fixe sur une chose triviale, un ustensile, un pot maculé par exemple, ou une bétonneuse réformée gisant au fond d'un terrain vague. Peindre une vieille bassine souillée demande du courage. En retour, le spectateur, indifférent à la bassine souillée, récoltera devant sa représentation, si oeuvre est réussie,  habitée, le fruit de l'émerveillement du peintre. Pour Manuel Ruiz Vida, l'objet n'existe que comme support de la marque du temps… L'objet comme support et la lumière comme révélateur du temps, une lumière née des couches colorées superposées, grattées, où se mêlent les reflets subtils et les contrastes violents. Ainsi éclairés, l'ustensile ou le paysage industriel réfutent toute nostalgie : il n'y a là aucun regret de ce qui a été, mais au contraire une admiration pour ce qui est - ou pour ce qui devient, car ces objets et ces paysages, comme nous, n'en finissent pas de vieillir. Comme nous, ils sont constitués d'une succession de traces, souvent invisibles, que seule la lumière dévoile. Mais encore faut-il accepter que le lumière soit. La recherche, ici, est celle du temps présent. Ce à quoi s'attache Manuel Ruiz Vida est l'un des devoirs de la peinture : redéfinir sans cesse la réalité, notre réalité (qu'elle soit intérieure ou extérieure), la saisir, la représenter en la sublimant, en la métamorphosant en une véritable vision du monde - faire de l'apparente banalité quotidienne (un visage, un objet, un paysage, un sentiment) une oeuvre d'art. Cela suppose de la passion et une certaine candeur, surtout à une époque privilégiant la dérision, le cynisme et le nihilisme.... 

Olivier Cena, extraits Télérama n°2868, janvier 2005

 
Récipient 2007
Huile et laque sur carton marouflé sur bois, 62, 5 x 55,5 cm
 
Récipient 2006
Huile et laque sur toile, 24 x 30 cm
Collection Vermeulen S.A, Tourcoing
 
Récipient 2003
Huile et laque sur toile, 50 x 50 cm 2003
Collection particulière, Lille
 
Récipient 2002
Huile et laque sur toile, 50 x 50 cm
Collection particulière, Lille
 
Récipient 2003
Huile et laque sur toile, 70 x 70 cm
Collection particulière, Tourcoing
 

Manuel Ruiz Vida sait prendre ses distances avec la surface des choses, des êtres, et de la peinture. Il évide comme personne. L’émotion, si prisée d’ordinaire, s’est écartée pour laisser place entière à la peinture. Les lieux sont indéfinis, ou presque…Ils sont débarrassés de tout, sauf de l’essentiel, empli d’absence et de peinture. On ne peut être plus peintre que lui, qui en met des couches et des couches, puis les absorbe au profond, jusqu’à faire vibrer la surface. Il part des lieux évidés, ou des objets infiniment creux, pour mieux les ensevelir dans la peinture. Il part des images du dehors pour les faire disparaitre. Il pétrifie l’étendue. Chromatique resserrée comme un étau. Au fond, Manuel Ruiz Vida remplace les apparences du monde par la peau sensible et lisse de son unifiante peinture. Comme le sang, la violence chromatique s’est retirée. Il ne garde que la trame immobile et silencieuse du visible. Sidérante présence d’une peinture dépouillée et décantée à l’extrême.
Les objets sont de la même texture et de la même chromatique que l’étendue qui les englobe comme un linceul d’univers. L’implacable objet s’est emparé de l’entour. Art d’arrêt et d’immobilité. Comme une fin du monde anticipée, intemporelle et fatale, où les objets peints, en absolue frontalité, seraient les seuls survivants. L’énigme de l’art étreint l’énigme de l’existence. Et, retenue dans ses profondeurs, la peinture vibre dans les effacements du monde.

Christian Noorbergen, Aralya n° 71 média interactif, pour l’exposition à Campredon centre d’art, mai 2016

 

Au centre d’art de Campredon où sont exposées ses œuvres, Manuel Ruiz Vida, artiste français d’origine espagnole, parle volontiers de son travail, mimant par instant le geste de recouvrir avec le pinceau la matière, comme si la surface de la toile le demandait. Au premier coup d’œil, son œuvre peut paraître froide, hermétique, mais, en l’observant plus avant, il en émane une certaine poésie. Elle laisse apparaître une réflexion sur le temps, la pollution, l’érosion, le silence.
L’artiste a une fascination pour les friches industrielles, les bâtiments désaffectés, abandonnés de tout être humain, les contenants rouillés, les (ses) objets usuels : seaux ou bidons, maculés de peinture. Il emprunte à Cézanne et à Morandi les zones dures de couleur et la monumentalité des formes. Il a cette capacité d’observation, comme si l’acte de regarder était un acte d’appropriation, une manière d’extraire une certaine force d’un sujet apparemment vulnérable.
Sans dessin préalable, par le biais de l’intervention sur la matière, un lent travail de maturation mis en œuvre par la peinture qu’il travaille par reprises successives, le tableau prend forme progressivement. La peinture donne corps à la peinture ; le sujet n’est qu’un prétexte à ouvrir l’espace. Le contraste entre ombre, lumière et couleur fait émerger les volumes. Selon l’angle de vue, les formes deviennent des taches, des abstractions reconnaissables puis retournent à la matière. La matérialité de sa peinture l’emporte toujours sur la question de la figuration. L’œuvre de Manuel Ruiz Vida suscite un monde mystérieux, énigmatique.


Lina Mistretta, L’œil n° 691 pour l’exposition à Campredon Centre d’art, juin 2016

 
Grand récipient 2002
Huile et laque sur toile, 200 x 240 cm
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La peinture et son objet.

…" S'il peint une bassine bleue, le bord supérieur de celle-ci peut disparaître et le récipient se dissoudre dans le fond coloré de la toile, comme aspiré par elle. Parallèlement, Manuel Ruiz Vida parvient à donner l'illusion du vide, selon laquelle la Grande bassine n'aurait pas de fond, par la superposition de grands aplats de couleur blanche et bleu gris, comme s'il crevait la toile, pour que, cette fois, ce soit le regard du spectateur qui soit aspiré par ce fond sans fond... De même, les tableaux, souvent initialement peints au sol, se redressent sur les cimaises et le regard se perd, oublie le contact avec le sol, perd tout repère. Dans l'attaque d'un sujet, la peinture se rebiffe, refuse le réservoir à naître pour délimiter autre chose, l'énergie d'une tornade, par exemple. Il y a souvent glissement d'un motif à un autre, modification parfois imposée par une trace, plus souvent entraînée par le geste circulaire qui emporte tout le corps et l'imaginaire. "Il faut que j'oublie ce que je suis en train de faire, oublier l'objet peint pour l'espace pictural." Le geste ovoîde qui tourne autour de la citerne ou du pot de peinture, finit par donner l'impression de tomber dans un tourbillon, d'autant plus que le corps du peintre tout entier est mis à contribution en ces grands formats, pas seulement la main et le bras…

Laurence Boitel
Extraits du texte pour l'exposition à la galerie de l'Atelier 2, Villeneuve d'Ascq, 2003

 
 
La bétonnière 2003-2004
Huile et laque sur toile, 150 x 204 cm
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Planeur survolant l'atelier 2003
Huile, laque et pigment sur toile, 130 x 195 cm
Collection particulière,Toulouse
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Récipient bleu - violet minéral 2015
Huile, laque et pigment sur toile, 110 x 150 cm
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Récipient bleu 2003
Huile, laque et pigment sur toile, 110 x 150 cm
Collection particulière, Paris
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Récipient jaune 2003-2004
Huile, laque et pigment sur toile, 110 x 150 cm
Collection particulière, Paris
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Récipient n°2 2002
Huile, laque et pigment sur toile, 118 x 81 cm
Collection Groupe Evin, Avelin (nord)
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Récipient rouge 2004
Huile, laque et pigment sur toile, 110 x 150 cm
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Récipient vert zinc 2015
Huile, laque et pigment sur toile, 110 x 150 cm
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Récipient 2006
Huile et laque sur toile, 150 x 110 cm
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Récipient 2002
Huile, laque et pigment sur toile, 200 x 160 cm
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