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ARTISTES
DE A à Z


Nicolas NICOLINI 

 
 
Vues de l'exposition Le jeu des affinités non électives, Centre Culturel Coréen, Paris, 2017
 
Sans titre 2016
Acrylique et fusain sur toile, 162 x 114 cm
 
Refaire le monde 2016
Acrylique sur toile, 150 x 110 cm
 
Sans titre 2016
Acrylique sur toile, 150 x 110 cm
 
Au loin les flamands roses 2017
Acrylique sur toile, 100 x 81 cm
 
Wedding vandalism 2017
Acrylique sur toile, 100 x 100 cm
 
Ma plante de compagnie 2017
Acrylique sur toile, 92 x 73 cm
 
The eraser 1 2017
Huile et acrylique sur toile, 92 x 73 cm
 
 

Sinyoung Park et Nicolas Nicolini / Le jeu des affinités non électives

Apparier les œuvres a priori si dissemblables de Sinyoung Park et Nicolas Nicolini, cela tient de la rencontre fortuite. D’un coté les grands formats immersifs de Park, paysages métaphysiques toujours empreints d’une certaine retenue, le plus souvent traduits dans des tonalités sourdes – des pastels, des tons rompus – à peine rehausséés de quelques plages de teintes plus criardes. Dans ces vastes espaces, d’imposantes structures industrielles au dessin méticuleusement ciselé viennent s’inscrire sur des arrière-plans nébuleux. De l’autre, le travail un brin goguenard et manifestement hétéroclite de Nicolini, lequel s’applique à mettre en œuvre une surprenante variété de dispositifs picturaux et graphiques – modelés figuratifs ou tachisme gestuel, dessin à la ligne claire, simplificatrice, ou au contraire par masses fouillées. S’essayant à l’abstraction aussi bien qu’au naturalisme, empruntant indifféremment ses motifs à l’histoire de l’art autant qu’à une imagerie des plus quotidienne, Nicolini expérimente très librement une peinture déhiérarchisée et dé-spécifiée. Alors le télescopage détonne, bien sûr. Mais de ce fait il ouvre une perspective féconde, celle-là que Max Ernst trouvait dans les rapprochements incongrus dont procède le collage. En exposant de concert ces Œuvres en apparence peu conciliables, Sinyoung Park et Nicolas Nicolini se risquent à ce « Tout hétérogène » qu’illustre la fameuse phrase de Lautréamont. Et ce choix de l’assemblage s’avère des plus signifiants, révélant une certaine logique d’hétérogénéité constitutive de leurs pratiques picturales respectives. 

Dans le travail de Sinyoung Park la scène dépeinte, bien que figurative, n’affiche pourtant aucune intention au réalisme ou au vérisme, étant visiblement composée d’une juxtaposition d’éléments par trop disparates. Park reprend stricto sensu le principe du collage et insiste, s’ingéniant à faire valoir le geste de montage. Au lieu de chercher à unifier la vue elle s’attache au contraire à en rendre la multiplicité inhérente par des changements de tonalités, de factures, de textures : elle brosse largement en jus translucides ou en pâtes généreuses les éléments de végétation et les personnages, les ciels aussi qui se répandent en coulures alors que les infrastructures – bâtis, pylônes, grillages, nacelles, plongeoirs – sont traités en aplats minutieux, immaculés, délimitant des volumes nets et d’une certaine froideur. 
Ce contraste saisissant entre le vivant et les objets techniques traduit donc une irrémédiable incohérence. Et c’est cette hétérogénéité visuelle qui confère in fine aux toiles de Sinyoung Park leur caractère énigmatique. Bien sûr sa peinture invite à l’association libre. Elle joue de la charge symbolique et onirique des signifiants représentés, comme de la surréalité qu’occasionne leur réunion. Mais la poétique si particulière de ces tableaux doit autant au fait que Park y sursignifie la dualité matérielle entre ces formes hiératiques, scrupuleusement géométrique et ces fonds, d’un fouillis parfois inextricable. Comme dans ses compositions récentes où les entrelacs organiques d’une abrupte paroi rocheuse viennent barrer l’arrière-plan du tableau, interdisant toute échappée. Au devant, esseulé, un manège comme disjoint – fantomatique, inopérant. Sinyoung Park décontextualise l’objet, neutralisant sa signification propre et usuelle. C’est par ce processus de défamiliarisation qu’elle déréalise le quotidien.

Nicolas Nicolini œuvre résolument à rebours de ce principe d’unité que présuppose d’ordinaire la notion de discipline. Ainsi, sa peinture se décline dans une variété de matériaux et de moyens stylistiques : ici il adopte une facture réaliste, s’appliquant à rendre, à l’huile, le tombé d’un drapé, là une série d’acryliques abstraites montre une gestuelle expressionniste débridée. Et lorsque l’exécution s’avère similaire c’est alors sa palette qui diffère, allant d’un traitement achrome en strictes valeurs de gris jusqu’à une exagération des coloris telle que certaines toiles paraissent des études fauves de contrastes entre couleurs primaires et secondaires.   
Dans le travail de Nicolini chaque série, chaque pièce semble formuler une proposition discursive, sapant le confort sclérosant de la répétition figée et mécanique du même. Refusant une histoire et un art standardisé, il s’attache à trouver des sujets de satire dans la culture visuelle populaire comme dans celle dite « haute » –  telle cette jument muse, incarnation absurde autant qu’irrévérencieuse de la beauté idéale, moquant les fétichismes éculés de la peinture occidentale. Dans ses travaux récents, il aborde avec cette même légèreté teintée d’ironie la question du parergon, ce qui cadre, au propre comme au figuré. Il figure en arrière-fond de ses toiles des rideaux, subterfuge dénotant le caractère artificiel, théâtral de la représentation. Plus, il retrace volontiers un cadre à l’intérieur du tableau. Et ce geste de réduplication des limites matérielles de la peinture résume parfaitement sa pratique : peindre c’est cadrer, c’est-à-dire choisir, comme dans un ready-made. Pour Nicolini la peinture est bien cette chose mentale, non plus seulement tributaire du métier. 

Pour Sinyoung Park et Nicolas Nicolini tout est somme toute question de jeu, de ce jeu qui occasionne le détournement, l’écart, l’irrationnel. En trouvant à relier les choses autrement que par affinités électives, ils ouvrent leurs peintures à un champ de substitutions infinies.

 
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