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ARTISTES
DE A à Z


Arnaud MAGUET 

Blitzkrieg Bop & le Défense Passive Blues 2009
Portes, fenêtres, peinture, étais, palettes, système sonore public adress, ampoules et câbles
Doors, windows, paint, stays, pallets, public adress sound system and wires, dimensions variables

Vues de l'exposition / exhibition Blitzkrieg Bop & le Défense Passive Blues, Le (9) Bis, Saint-Étienne
Photographies Arnaud Maguet







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Extrait de Blitzkrieg bop, 6'31"


Le terrorisme des apparences n’a pas l’apparence du terrorisme.
Jean-Patrick Manchette in Journal 1966-1974

Le 11 juillet 1938 était voté en France un décret de loi mettant en place sur tout le territoire national des instructions de lutte préventive contre les risques de bombardement. Ces instructions furent éditées sous le nom de Défense Passive. Politique de l’autruche plutôt que de la tortue les premiers mois (étant donné la supposée supériorité des forces françaises), ce manuel de survie en milieu urbain passa au fil des défaites du stade de souci administratif à celui de nécessité vitale. Deux des principaux chapitres concernaient l’étayage des abris et la dissimulation des lumières domestiques. Dans ce dernier point, on ordonnait aux populations de peindre en bleu les vitres, carreaux, verrières et autres transparences de leurs habitations afin de bloquer les traîtres rayonnements lumineux qui, le cas échéant, indiqueraient à la Luftwaffe des cibles nocturnes. Bientôt, nos voisins d’outre-Rhin, une fois installés, trouvèrent ces conseils fort à propos et renforcèrent leur application pour se prévenir, à leur tour, des bombardements de l’US Air Force et de la Royal Air Force. Il est parfois dit dans d’antiques précis de stratégie guerrière que la meilleure défense est l’attaque. Il n’est en revanche jamais fait mention dans ce type d’ouvrage de la Défense Passive, improbable manœuvre contemporaine qui consiste à peindre, faire le dos rond et attendre que ça passe. Dans une variante plus mesquine, on peut aussi espérer que le voisin, moins habile un pinceau à la main, sera, cette nuit, frappé par le destin plutôt que nous qui avons fait les Beaux-Arts.

Une fois soldés les comptes du 20e siècle, le constat est amer : les temps incertains ne sont point révolus. La menace est aujourd’hui autre. L’épée de Damoclés n’est plus militaire mais économique. La violence demeure, elle est sociale. Chacun reste claquemuré dans du préfabriqué payé à tempérament et le halo de l’écran cathodique remplace la peinture bleue comme valeur nocturne de l’agglomération contemporaine. La Défense Passive encore trop polie pour être active ? Sans doute…
Présentement, la chose est un simulacre. Dans un espace flanqué de portes orphelines, la fête est gâchée. La piste est vide. Nous ignorons si le DJ a été pendu, mais nous avons la certitude qu’il le mériterait. Blitzkrieg Bop outragé ! Blitzkrieg Bop brisé ! Blitzkrieg Bop martyrisé ! Et l’hymne ambigu des Ramones n’est pas libéré, loin s’en faut. Les gens, ces protagonistes que parfois l’on désigne comme public, ont fui vers la sécurité relative de leur domicile respectif. Cachés derrière le voile bleu des restes de la peinture, ils s’ennuient ferme et tuent le temps comme ils peuvent en griffonnant à l’avenant les souvenirs d’un temps plus insouciant. Graffitis obscènes, slogans potaches et manifestes de rien sont de retour et, comme des enseignes minables, clignotent dans la pénombre. La régression, la vulgarité, la bêtise et l’incompétence comme derniers remparts à la surexploitation ? Cette nouvelle stratégie de Défense Passive pourrait peut-être s’avérer à terme plus efficace que son illustre aïeule - un peu plus drôle aussi. A.M.


The terrorism of appearances does not have the appearance of terrorism.
Jean-Patrick Manchette in Journal 1966-1974

On July 11th 1938 a law was voted in France to implement preventive measures over the entire territory against the risks of bombing. These measures were published under the name Passive Defence. A way of burying one’s head in the ground during the first few months rather than creating a defence (considering the alleged superiority of the French army), this urban survival booklet, as defeats accumulated, changed from the status of administrative hassle to the status of vital necessity. Two main chapters dealt with how to shore up fallout shelters and how to conceal domestic lights. In this last chapter the population was ordered to paint windows, glass panes, sun lounges and other transparent features of their homes in blue, so as to block out the treacherous rays of light that might indicate nocturnal targets to the Luftwaffe in the event of an attack. Soon, our German neighbours from across the Rhine, once installed, found this advice very appropriate and reinforced the rules to protect themselves in turn from the bombings of the US Air Force and the Royal Air Force. One can sometimes read in ancient war strategy handbooks that the best defence is attacking. On the other hand, these handbooks never mention Passive Defence, an unlikely contemporary manoeuvre that consists in painting, bracing ourselves and waiting for things to pass. In a pettier version, one can also hope that the neighbour, less skilful with a brush, will be hit by fate tonight rather than we, who have been to the Academy of Fine Arts.

Once we have paid off the balance for the 20th century, we are left with this bitter acknowledgement : the difficult times are not over. Today the threat is different. The menace is no longer military but economical. Violence remains, social violence. Everyone is locked up in prefab homes bought on credit, and the halo from the TV screen has replaced blue paint as the nocturnal value of contemporary urban areas. Passive Defence still too polite to be active? Probably…

For now, it is only pretence. In a space bordered by orphaned doors, the party is spoiled. The floor is empty. We have no idea if the DJ has been hanged, but we know for sure that he would deserve to be. Outraged Blitzkrieg Bop! Broken Blitzkrieg Bop! Martyred Blitzkrieg Bop! And the ambiguous hymn of the Ramones is not free, far from it. People, these protagonists sometimes called audience, have escaped to the relative security of their homes. Hidden behind the blue veil of remaining paint, they are bored to tears and kill time as best they can by aptly scribbling the memories of a more insouciant time. Obscene graffiti, slogans for schoolboy pranks and manifestos for nothing are back, blinking in the dark like shabby neon signs. Regression, vulgarity, stupidity and incompetence as a last barrier against over-exploitation? This new Passive Defence strategy might well prove to be more efficient in the long run than its famous ancestor. A bit funnier as well.