Valérie HORWITZ 

LE GARS DU 9-3

Sur le miroir de sa salle de bain
Un je t'm et deux empreintes
De bouche au rouge à lèvres
Comme dans les années 80

*

Désespéré
Il s est marié
Avec la première qui passait
Mais leur histoire n a pas duré

*

Il se levait
Buvait un café
Allait fumer sur la balcom en doudoune caleçon
Et retournait se coucher

*

Sur un post it sous une cloche en verre
Un je t'm
Une empreinte de lipstick
Et je suis en hypoglycémie
Écrit en rouge

*



Il avait acheté ce 65 m2
en face de la mosquée
au milieu des cités
mais il n aime ni Paris, ni Bobigny.

*

Il avait acheté
Sa première console de jeux vidéos
A 50 balais
Et comme les ados
Jouait jour et nuit
 
Publications dans la revue COCKPIT
www.revuecockpit.com
 
DÉRIVES #1

Les municipales à Marseille
C est un peu comme Un soap de série Z
Diffusé en direct et en crypté
 

 
DÉRIVES #2

En France, l état d urgence samitaire est déclaré
et se décline sur une palette de rouges : du bordeaux au bourgogne en passant par le cardinal, le pur, le sang, Et jusqu'au "mauvais rouge des flammes de
l'enfer qui brûlent sans éclairer".
 

 
HORS SÉRIE QU'EST CE QUE POUR VOUS LA POÉSIE

Surgissement de mots accolés 
qui dans un chaos 
un frémissement, un tremblement
déchirent et éclairent ma nuit.  
 

 
Je me suis approché au plus près
de la maison d’arrêt
enclavée au creux d'une vallée,
j’ai tourné autour d’elle, contre elle, pour tenter de la cerner avant d'y entrer.
 
Des figures de pierre taillées, fixées, enserrées et prostrées,
aux valeurs antiques et ascétiques,
me dévisagent en plongée.

Ces personnages me martèlent, me harcèlent
et semblent vouloir conformer ma psyché             - travailler mon intériorité -
dans une république que je croyais laïque.

Sept pêchers, quatre portes fermées, un bâtiment désaffecté, un mur classé
          - une discontinuité -          des plaques de béton érigés, une nouvelle entrée bondée et blindée, dissimulée par une armée arborée, qui desquame en plaques lobées.
 
Mille fois j’ai tenté d'être au plus près pour l’observer, la photographier,    
parfois arrêtée par une réalité, d’autres fois par une idée.
 
J’ai croisé des agents de l’AP,
appréhendé et contourné son périmètre sécurisé,
emprunté les allées,
trouvé d’autres itinéraires,
escaladé les rochers, transpiré sur les reliefs escarpés,
téméraire et déterminée à rejoindre ses haies de barbelés.
 
Là, dans cette zone forestière où la végétation devenait clairsemée - une veste militaire semblait indiquer une frontière -
mon cœur menaçait d’exploser - je m’arrêtais, m’allongeais, les yeux fermés, respirais et me répétais qu’il ne pouvait rien m’arriver -.
Je me relevais,  scannais  à 360 degrés pour repérer les possibles dangers, 
m’approchais de la vue dégagée,
cadrais, shootais.
 
En contre bas, la cour de promenade,
droit devant moi, la ville, la mer, notre dame de la garde.
 
J’ai sillonné les bois, avec la lumière pour seul point de repère,
traversé d’épais bosquets non défrichés,
mes jambes griffées et mes joues claquées par les rosacées et les ramées.
 
J’ai imaginé des histoires, vraies ou fantasmées sur le trajet d’un évadé,
devant une tenaille rouillée et un barbelé découpé qui s’entremêlaient et disparaissaient dans les fourrés.
 



Tout autour d’elle, contre elle,
j’ai entendu les oiseaux, les sirènes et le vent.
J’ai entendu des cris du dedans au dedans. Du dedans au dehors.
J’ai entendu des cris de colère, de douleur, de révolte, de terreur, de rage, de solitude, de torture, de désespoir.
J’ai entendu des appels, des alarmes, des explosions physiques et psychiques d’une puissance atomique - des voix qui demandent, qui supplient           des silences -,
et du dehors au dedans, j’ai entendu des cris d’amours. De ceux-là qui disent, je suis là, je t’aime, tu me manques, je t’attends.
 
Mille fois je me suis demandée comment, commandée par l’institution,
elle avait pu être construite par un homme qui avait lui-même été blessé, torturé et emprisonné.
 
Mille fois, j’ai tournée et l’ai observée,
scruté ses postes de guets,
sans plus savoir si je regardais, ou si j’étais regardée.
 
Je l’ai shootée, enfermée dans mon boitier, parfois fragmentée, parfois dans son entièreté.  
Mais depuis que l’état a crée un état d’urgence sanitaire et a tenté d'entacher et d'entamer mes libertés de débattre, de penser, de circuler, de décider, d’embrasser,          - ma liberté d'être, ou de ne pas être-,
 
je me suis demandée ce qui différenciait nos espaces confinés,
 
eux qui, derrière ces murs, sont privés par l'autorité de la liberté de débattre, de penser, de circuler, de décider, d'embrasser,          – eux qui sont dirigés dans de ce qu'il faut être, pour continuer à être -.  
 
Et mille fois, pour tenter de me libérer, j'ai inventé des manières de résister dans cette société apeurée, décentrée, désarmée, dézinguée, traumatisée, paralysée, et immunitairement déréglée.






Où sont les murs ?

Marseille août 2021
Valérie Horwitz
 
 
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