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ARTISTES
DE A à Z


 FAVRET & MANEZ 

Conscience du paysage, Montreuil paysage public
Editions Musée de l’histoire vivante, Montreuil, 2002
 
 
 
 

Conscience du paysage, Montreuil paysage public
Editions Musée de l’histoire vivante, Montreuil, 2002
Textes de Jacques Leenhardt et Christian Gattinoni
Mission de l’Observatoire photographique du paysage mis en place par le Ministère de l’Environnement


Christian GATTINONI : Un cadran solaire à écran liquide
“Parmi ses nombreux recours théoriques la photographie conserve encore curieusement, pour peu qu’elle joue en série, renommée de preuve à décharge. Il y a longtemps pourtant que ses potentiels de leurre, ses capacités de déformation et d’interprétation tendancieuse du réel sont reconnues. Pourtant puisque dans son évolution récente elle s’acoquine de plus en plus de processus hérités des sciences humaines, de la psychanalyse à l’histoire, de la sociologie à l’anthropologie, elle emprunte à chaque discipline la rigueur des démarches, le sérieux des postures. Ainsi le systématisme de prise de vues de cette campagne délimite apparemment un territoire social. Mais plus que celui de la Commune de Montreuil il s’agit selon moi de marquer, d’une image à l’autre, les bornes du terrain de l’histoire récente. Ce n’est jamais vraiment de l’espace qui se documente ici, mais du temps, spatialisé, cadré, serré dans sa 2D. Le positionnement du corps du photographe figure la grande aiguille de cadran solaire suburbain. La basse ligne d’horizon des trottoirs sert de base d’inscription aux variations horaires en projection ombrée. Les constructions qui apparaissent ou disparaissent au gré des réels besoins des habitants comme des inévitables profits immobiliers dressent les minutes de ce procès d’entrée dans l’histoire des villes .
Cette approche mentalement séduisante d ”’un hyper-temps de l’histoire se complique si l’on se réfère au travail en couple des deux artistes. Un homme et une femme contribuent donc à produire cette image puissance 4. Le système apparaît alors centré sur leur chambre photographique et son trépied, un modèle moderne de fabrique “ d’horloges qui se souviennent ” comme on appelait autrefois les daguerréotypes. De part et d’autre, le dispositif masculin/féminin fonctionne dans une logique binaire, qui est celle de l’ordinateur. Considérant cette particularité le viseur de la chambre se lit comme un écran liquide où se chiffrent les quatre saisons du paysage.
Parcourir ce livre c’est accélérer le temps interne du paysage, en déchiffrer les versions transcodées ou dilatées. A la façon de Paul Valéry écrivant après le deuxième conflit mondial “ Nous autres civilisations, savons dorénavant que nous sommes mortelles ” ces images ne font rien dire d’autre à la ville “ nous autres cités de la connurbation des grandes métropoles savons maintenant que nous encourons le risque de devenir de pures images ”. En espérant que cette menace aussi séduisante que dangereuse ne soit pas rendue caduque par un retour tragique du réel qui nous plongerait brutalement comme d’autres villes, d’autres civilisations qui nous ont trop longtemps servi de modèle imposé, dans une baroque, dérisoire et sanglante revanche du réel. Artistes, urbanistes, sociologues et autres faiseurs de fiction travaillent à rendre cette hypothèse improbable. L’inscription temporelle et artistique de ces images nous rassure à ce propos.”

 

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