Baptiste CÉSAR 

Corail naufragé, 2026
Installation, branches de pin et sapin fossilisées, feuilles de bananier, d’agave et fleur d’oiseau du paradis ensablées, bouées, rame, fils électriques, flotteur, mousquetons 280 x 280 x 90 cm
 
Lire l'entretien avec Caroline Gonzales, 2026…
 

Quand l’art fait revenir les hippocampes

Baptiste César explore le territoire à travers une résidence mêlant art et écologie au centre d’art de Six Fours, inspirée par l’histoire locale des hippocampes et l’évolution du paysage de la lagune du Brusc

Depuis le 24 mars, la Maison du patrimoine accueille l’artiste plasticien Baptiste César en résidence, dans le cadre de sa programmation annuelle. Jusqu’au 22 avril, il investit le territoire avec une démarche singulière, à la croisée de l’art et de l’écologie. Originaire de Paris, l’artiste a choisi le Brusc pour son paysage maritime. Mais très vite, son regard s’est déplacé. « Dans mes résidences, je cherche toujours à créer un lien avec le territoire, avec ce qui le compose », explique-t-il.

Des hippocampes comme mémoire du territoire

Initialement inspiré par les oursins, Baptiste César a progressivement orienté son travail au fil des échanges avec les habitants et de ses propres recherches. Très vite, une figure s’impose : celle de l’hippocampe, emblème bien connu du Brusc. En approfondissant le sujet, l’artiste s’intéresse aux travaux menés autour de cette espèce, notamment par l’Institut océanographique Paul-Ricard, engagé dans l’étude et la préservation du milieu marin local.

Il découvre également un épisode marquant de l’histoire de la lagune : l’apport de sable, à une époque, qui aurait modifié l’équilibre de cet écosystème fragile. Ce phénomène agit comme une forme de recouvrement, presque de mise en sommeil du vivant. Une transformation lente, qui évoque pour l’artiste un processus de « fossilisation contemporaine », où les traces subsistent sans que la vie ne soit encore pleinement visible. Un bouleversement aux conséquences durables, ayant contribué à la raréfaction des hippocampes dans la zone. Dans ses dessins, l’hippocampe devient une forme hybride, minutieuse, où la faune et la flore s’entrelacent.

Quand la tempête devient matière

La résidence d’artiste s’inscrit aussi dans une temporalité immédiate. Présent lors du récent épisode de vent violent, l’artiste a récupéré des branches d’arbres tombées sous la force de la tempête. « J’aime travailler avec ce que le lieu me donne, avec ce qui est déjà là », explique-t-il. Ces éléments deviennent matière première. Associés au sable, ils sont transformés pour recréer des mouvements, figer des formes, comme une tentative de « cristallisation » du végétal. Une manière de reproduire une fossilisation contemporaine. « Je ne cherche pas à figer la nature, mais à capter un moment de transformation. »
Dans cette même logique de récupération, l’artiste travaille également à partir de troncs de sapins de Noël collectés par la ville.

Une œuvre en dialogue avec le lieu

L’œuvre actuellement en cours de création prendra place dans les jardins de la Maison du patrimoine. Une installation encore en réflexion : sera-t-elle suspendue ? Ancrée au sol ? Car toujours attentif à ce qui l’entoure, l’artiste envisage d’intégrer des câbles électriques arrachés ce jour-là. « Même ces éléments-là racontent quelque chose du paysage et de ce qu’il a traversé. » Entre matière, mémoire, disparition et possible renouveau.

Caroline Gonzales, 2026, pour Var Matin


 
 
Les hippobruscs, 2026
Série de 5 dessins à l'encre sur papier, cadres ensablés, crochets, 50 x 70 cm chacun
Maison du patrimoine, Le Brusc, Six Fours Les Plages, 2026
 
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