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ARTISTES
DE A à Z


Jerome CAVALIERE 

Desaccords 2014
Série de vidéos, 12"36
En collaboration avec Stéphane Déplan
Vues d’exposition, Chateau de Servières, 2015
Photographies Gilles Pourtier
 
 
 
 
 
 
 
 
Desaccords 2014
Série de vidéos, 12"36
En collaboration avec Stéphane Déplan


– Quel est votre sens du comique ?
– Celui d’outrager le respect sans aucune espèce de répétition.
(Francis Picabia, réponses à Georges Herbier, This Quarter, printemps 1927)

Jerome Cavaliere est un artiste qui a le sens du comique. C’est une chose importante dans son travail ; c’est une chose qui rend son travail efficace. D’abord j’ai ri, franchement ri. Il s’agissait d’une série de vidéos qu’il a réalisée avec Stéphane Déplan: Désaccords. Mais je n’ai pas compris d’où venaient ces images qui me faisaient rire, pas tout de suite. Et lorsque j’ai compris, j’ai aimé la fertilité, un peu effrayante, du processus. Parce que Jerome ne fait pas de sketchs — on est un peu fatigués des sketchs. Il prend la matière là où elle est; déjà étonnante. Ses vidéos sont en partie des ready-mades, des artefacts, collectés sur Internet, sur YouTube, cette chose incroyable qui vient de fêter ses dix ans. Donc ces vidéos existent, elles avaient leur vie propre, il les a trouvées, et puis, il les a interprétées: sommairement, habilement (il a ajouté des sous-titres, en français, sur du son inaudible, des langues étrangères écrabouillées). C’est comme une illusion auditive un peu potache, l’image aussi est brouillée: et ça marche.
Que nous laissent croire ces sous-titres?
Que ces scènes de bagarres, point commun à toutes les vidéos collectées, ont lieu entre des «acteurs de l’art contemporain»: artistes, «jeunes artistes», commissaires d’exposition, responsables de FRAC. Évidemment ça nous amuse, ça nous amuse parce qu’on comprend. On est plus troublé quand on sait que Jerome renvoie ces vidéos, ainsi sous-titrées, à leur destin : sur la toile, au déchaînement des commentateurs, à l’intervention potentielle d’autres Youtubeurs. On a, tout de même, un peu peur. Quand le commissaire d’Un commissaire d’expo se fait défoncer se fait effectivement défoncer (par un artiste performeur, vexé d’avoir entendu que sa pratique pouvait relever du théâtre de rue), on rit, beaucoup, mais on a un peu peur aussi. On a peur de ce grand corps social fragmentaire, de ceux qui ne comprennent pas et de ceux qui comprennent, de où on se situe, nous. Mais il n’y a pas de mépris dans ce travail, c’est important. (…)
Eva Barois de Caevel
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