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ARTISTES
DE A à Z


Pierre-Laurent CASSIÈRE 

Un dispositif d’expanded cinema minimaliste.
Un film abstrait infini.


Sine (digital/analog converter) 2006
Juliana Borinski & Pierre-Laurent Cassière
Dispositif de cinéma expérimental, dimensions variables
Bande magnétique digibeta, projecteur de théâtre, ventilateur, microphone de contact,
système audio 2.1 amplifié






Vues de l'installation TENT lors de l'exposition Borderline Behaviour, Drawn Towards
Animation, International Film Festival of Rotterdam 2007, Pays-Bas.




Une bande de vidéo numérique (DigiBeta), activée par un ventilateur, serpente et flotte dans le cône de lumière d’un projecteur de théatre. Son ombre dessine à l’écran un mouvement chaotique et fluide ; une ligne danse.
Les vibrations de ce ruban magnétique sont captées au moyen d’un microphone de contact, puis amplifiées et diffusées en direct dans le lieu. Les frottements de la bande et son bruissement engendrent la “bande son” du film projeté.
Extrait de sa cassette dans un geste radical et violent, le support magnétique change d’usage et peut exister pour lui-même. L’information disparaît, les données discrètes sont perdues, cédant la place à un mouvement continu, générant à lui seul image et son.
Arraché de sa bobine, le support ne défile plus. Rien n’avance puisque rien ne tourne. Le matériau concret de la vidéo s’abstrait de sa fonction et donne naissance à une entité filmique et onirique. Celle-ci n’évolue pas, mais varie dans une indétermination permanente et ne se répète jamais. Temps linéaire, une fantasmagorie abstraite de mouvements éphémères prend forme. L’enregistrement est banni de cette projection aléatoire infinie; le film demeure instantané.
Réalisation sans trucage, le dispositif apparent fait partie intégrante de l’oeuvre et la bande volante traverse l’espace au-dessus des têtes des regardeurs. Si l’écran montre d’abord l’ombre du ruban opaque, la lumière du projecteur se reflète également sur la surface brillante de l’oxyde magnétique et éclaire ainsi les murs, le sol et le plafond du lieu, hors champ physique du cadre cinématographique. Expanded cinema, le film s’étend à l’espace réel.
Une extrémité de la ligne d’ombre est nette, l’autre disparaît dans son propre flou. Les vagues du ruban noir donnent à l’écran l’illusion d’un déplacement, et la profondeur de champs contribue à lui donner une distance inestimable. Sans décors ni repères, si ce n’est les limites du cadre monochrome, rien n’indique si ce mouvement part ou vient, s’il s’enfonce dans la surface blanche ou s’il en sort.
Le temps de l’oeuvre, son point de vue, la direction du mouvement et le sens de cette abstraction n’appartiennent qu’au choix et à l’imaginaire des regardeurs. Un film simple, comme une évidence, la projection d’une bande libre.

Voir un extrait vidéo du dispositif