documentsdartistes.org

ARTISTES
DE A à Z


Véronique RIZZO 

Galerie du Tableau

Vues d'exposition à la Galerie du Tableau, Marseille, 2008



Abstarct Depressionism

Abstract depressionism 2001
Show-room #1, avec Laurent Perbos, Émilie Perotto, Véronique Rizzo, Lionel Scoccimaro, Artorama, 2008



PanopticonXXXX

Vues de l'exposition PanopticonXXXX au Centre d'art le Parvis, Tarbes, 2008
Photographies Alain Alquier

Michel Foucault dans Surveiller et Punir, 1975, et Gilles Deleuze (s’appuyant sur le syntagme de W. Burroughs)dans Post-scriptum sur les sociétés de contrôle, 1991, puis à leur suite Toni Négri et Michael Hardt, dans Empire, ont décrit la transition des “sociétés disciplinaires”en un nouveau type de pouvoir : la société de contrôle.
Celui-ci consiste en la « pleine et permanente individualisation d’une masse dont on peut surveiller et contrôler chaque individu » : la bio- politique du contrôle. Les mécanismes de coercition des sociétés disciplinaires servent maintenant à un pouvoir de contrôle devenu modulaire et modulable qui pénètre les interstices qu’avaient laissés vacants les espaces des lieux d’enfermements des sociétés disciplinaires. Le pouvoir de l’information défie les frontières traverse les murs, pénètre les consciences, transforme les individus en dividuels... Il n’y a plus de concentration des établissements du pouvoir mais un « essaimage des mécanismes disciplinaires » qui aboutit à une interpénétration souple des structures modulées et transformables et à leur pénétration par les instruments du contrôle. « Chacun se retrouve isolé : multitude efficace des monades atomisée ».
La géométrie de la tour de contrôle qu’avait décrite Michel Foucault, dans le texte de Surveiller et punir, a disparu, mais s’est muée en une multiplicité de centre virtuels,  « plus léger plus rapides » et qui participent à la vue panoptique subtile et sans faille de l’information : « la visibilité, la surveillance continue, instantanée de chacun ».
Dans cet univers, plus d’ordre ou de mots d’ordre, mais un mode opératoire qui remplace l’homme dressé en « traces codées numérisée, chiffre, mots de passe qui en acceptent ou en rejettent l’accès ». Chacun est livré à lui-même, abandonné à la machine invisible et illimitée qui incite plus qu’elle ne contraint, pousse insidieusement les « dividuels » dans les couloirs et les conduits qui apparaissent ou s’escamotent selon les besoins instantanés et transformables du capitalisme dispersif.
En 1984, dans La crise de la géométrie, Peter Halley faisait déjà un état des lieux sur la mutation du projet formaliste de la géométrie moderniste et de sa discréditation en tant que forme pure transcendantale et détachée du signifiant. Il découvrait à la géométrie un nouveau signifié en mettant l’accent sur son omniprésence dans la société contemporaine et son implication définitive dans le corpus social et culturel.
Il s’appuyait pour cela encore sur la pensée inauguratrice de Foucault dans Surveiller et punir qui décrit la géométrisation du social comme grande « ordering » ordonnancement de la société industrielle, qui sert à au confinement des corps et à leur surveillance. Il citait dans le texte parmi d’autres artistes, les travaux paradigmatiques de Morris, dans In the realm of carceral , où celui-ci s’est appliqué à traduire en terme plastique l’idée de Foucault : une géométrie organisatrice de l’espace matériel, bio-économique, des corps qui a définitivement façonné l’espace-temps, cloisonné les espaces, définit et calculé la fonction de chacun. Morris dessine une série d’espaces faits de perspectives cavalières tortueuses qui annoncent la construction à la fois matérielle et idéologique notre espace en devenir : le monde de la solitude, de l’oubli et de la froideur mêlé à une implacable stratégie de l’instrumentalisation: il n’y a plus d’échappatoire à la complexification des techniques, l’objectif est la réduction des corps à une assignation rentable et productive qui doit nourrir la grande machine.
Peter Halley dans sa démonstration critiquait les minimalistes qu’il accusait d’avoir été inconscient de l’idéologie présente dans leurs œuvres et de l’ambiguïté produite qui aboutissait à une exaltation ou pour le moins à une complaisance envers les moyens de la société industrielle.
Toutes ces questions sont redevenues actuelles avec la résurgence d’un art géométrique et post-minimaliste qui est réapparu sur la scène artistique ces dernières années et qui fait valoir surtout des qualités de neutralité décorative, ou est compris comme tel, et se positionne plutôt dans une optique Pop vidée de la critique sociale à l’origine de ce mouvement. Ce n’est pas par hasard que je veux revenir à des réflexions qui ont déjà quelques décennies.
Dans ce cycle de travail, je veux faire valoir l’idée d’une possibilité de transcrire par des formes plastiques abstraites et géométriques une critique précise de l’espace de la société et des signes qui la composent. Car je considère plus que jamais, que la géométrie et l’abstraction sont les instruments d’un pouvoir et en sont les termes qui servent autant à sa propagande qu’à son organisation. Comme Peter Halley, je pense que les artistes doivent faire acte d’auto critique et doivent être les premiers à décrypter ces signes et à les révéler comme signifiants.
Dans Le cycle du PanopticonXXXX, je traite de la question politique de la réduction des corps à un espace instrumentalisé ou rien n’échappe à l’observation, où il n’y a pas de frein à la surveillance, où l’individu se trouve amoindri et isolé pris dans les rouages d’une machine complexe qui n’a plus de visage. L’individu évolue dans un monde instable, à la géométrie variable en construction et déconstruction continue, et dans lequel son impression la plus forte est la perte de repère, d’orientation, d’individuation.
Quoi de neuf dans tout cela ? Je dirai simplement que la construction d’un monde déshumanisé s’accroit et se précise et qu’il est utile d’en décrire les mécanismes de façon aussi précise et imagée que possible pour affiner la conscience que l’on en a. Car le fait de l’ignorer ne fait que justifier ce système duquel nous sommes partie prenante.
Véronique Rizzo, février 2008

Retour