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ARTISTES
DE A à Z


Véronique RIZZO 

Duo show Battle Véronique Rizzo versus Francisco Da Mata

Vues de l'exposition Duo show Battle Véronique Rizzo versus Francisco Da Mata, Galerie La Gad, Marseille, 2012

Vous avez déjà piloté une soucoupe volante ? Après, le sexe paraît banal.[1]
La rencontre des œuvres respectives de Véronique Rizzo et Francisco Da Mata à la Galerie Arnaud Deschin s'apparente plus, malgré son titre, à un flirt qu'à un accouplement. Mais les têtes-à-têtes les plus brefs et inattendus recèlent parfois les ingrédients des relations les plus durables.
L'un vit et travaille en Suisse; quand il s'agit d'une patrie imaginaire pour la seconde. En effet, l'art résolument tourné vers l'abstraction comme moyen d'expression de Véronique Rizzo a souvent laissé dubitatif ses concitoyens, plus habitués à des narrations égotiques ne faisant jamais l'économie d'une figuration à outrance. C'est alors tout naturellement qu'elle fantasme de l'eldorado abstrait suisse, de sa facilité à manier les formes, les couleurs, les énergies, dans des œuvres se passant d'explications biographiques autres que leur filiation à une histoire de l'art tournée vers l'innovation technique et la recherche dans la représentation de la perception.
De son côté, Francisco Da Mata ne s'embarrasse pas de telles questions. S'il fait appel au vocabulaire de l'abstraction, c'est plutôt en raison de ses accointances visuelles avec la pop culture que par amour de la forme pure : c'est un auteur direct, pour qui le médium est le message, et les formes qu'il utilise ont vocation à faire mouche, à évoquer efficacement ce qu'il leur somme de formuler.
Animés d'une radicalité visuelle impitoyable bien que mus par des buts différents, leurs œuvres se mêlent alors à la Galerie Arnaud Deschin à la manière de deux extraterrestres qui partageraient la même technologie mais pas la même culture : et les concessions, voire les politesses, que se font les œuvres les unes aux autres ne doit pas laisser oublier leur inhérente violence, leur potentiel explosif, qu'il s'agit de contenir tout en finesse dans l'espace étroit de la galerie.
Ainsi, le goût de Rizzo pour les environnement s'invitera sur le plafond de la galerie, dans une prise en main musclée mais discrète de l'espace : un appel à des couleurs poudrées minimisera le découpage acéré que les formes Rizzoliennes sont capables d'infliger à un innocent cube blanc livré entièrement à l'artiste. De même, les Safaris de Da Mata tenteront d'affirmer crânement leurs gammes colorées face à cet environnement contraignant, clamant leur mise triomphale et baroque comme une force et non comme une faute de goût. On sera en outre gratifié d'autres compositions abstraites de l'un et l'autre artiste, où les notions de décoration versus design ne seront pas en reste, témoignant des positions assurées de leurs auteurs quand aux liens délicats entre art et vie, entre superflu et essentiel.

[1] Terry Arrowsmith, The X-Files, saison 3, épisode 20 « Le Seigneur du magma », écrit par Darin Morgan (trad. Visiontext (Sophie Perret du Cray)).

Dorothée Dupuis


Duo show Battle Véronique Rizzo versus Francisco Da Mata II

Vues de l'exposition à la Galerie La Gad, Marseille, 2012
Photographies Mathieu Jorrot


Gusto

Vues de l'exposition Gusto, Galerie du tableau, Marseille, 2012

La réflexion de Véronique Rizzo sur les mouvements d'avant-garde et le modernisme du XXème siècle, n'a jamais cherché à opposer l'histoire de l'art et celle des expériences politiques radicales, voire utopiques. L'histoire même de l'abstraction géométrique en peinture est étroitement associée à des projets de transformation artistique et sociale, dans une lignée inaugurée par les constructivistes russes.
De là vient sans doute l'intérêt de l'artiste pour la communauté de Monte Verità, un laboratoire intellectuel et artistique fondé en 1900 à Ascona dans le Tessin suisse, paradigmatique de la confluence de l'avant-garde de l'époque dans tous les domaines, allant de la psychanalyse à l'architecture en passant par la littérature ou la danse. Véronique Rizzo s'est intéressée en particulier à Gusto Gräser, la figure la plus radicale de cette communauté, dans sa façon d'interroger la validité de l'argent et de l'art. Cet artiste et poète marcheur, aspire au retour à l'état de nature affranchi des calculs d’intérêts, voué à l’autosuffisance et au troc. Il vit dans une caverne forestière, dort à même le sol, sans aucun aménagement ni possession, incarnant "l'homme nouveau" tel que beaucoup l'attendent et le cherchent au début du siècle. Hermann Hesse, qui se lie d'amitié avec lui dès 1906, le transforme en personnage central de certains de ces textes. C'est peut-être là l'aspect le plus troublant de l'intervention des photos de Gusto Gräser dans les collages et assemblages de Véronique Rizzo. Cet artiste sans oeuvre est devenu, sans doute consciemment, un personnage, puis un mythe, et ensuite une image. Il avait brûlé ses tableaux et se résout à ne pas utiliser l'argent, payant ses besoins en récitant des poèmes, vagabondant à travers l'Europe pour déclamer son pacifisme, s'exprimant sur la poésie et le pouvoir de la danse sans musique. Les images de Gusto choisies par Véronique Rizzo, dans la pauvreté de leur reproduction, expriment aussi la façon dont la mémoire de cet esprit libre est aujourd'hui transmise à travers la reproduction appauvrie des seules photographies qui restent de lui. L'une de ces photos est particulièrement troublante et significative, d'un romantisme indéfectible et solitaire face aux échecs et aux constats de désastre. Gusto traverse seul comme un fantôme les ruines de Munich bombardée à la fin de la guerre. Ce sont sans doute les contradictions internes à l'aspiration révolutionnaire, et aux rapports impurs entre l'art moderne et la transformation radicale de la société, qui sont évoquées par Véronique Rizzo dans son usage du faux bois en contreplaqué et du néon, plutôt caractéristiques de la civilisation industrielle.
En écho à la figure de Gusto, cette exposition est aussi un hommage silencieux à Bernard Plasse, dont les généreuses moustaches et queue de cheval assurent une présence discrète, patiente, épicurienne et infatigable à la galerie du Tableau, où il a exposé un artiste par semaine pendant plus de vingt ans.

Pedro Morais


My People

My People 2012
Collages sur papier, format raisin

Il y a souvent une galerie de portraits derrière la démarche d’un artiste. Dans la solitude de l’atelier, il aime à s’entourer des images de ses prédécesseurs, scrutant dans le précipité lumineux l’énergie toujours vivace, du regard, de l’attitude.
Dans ce travail, je rends grâce à mes fétiches. Work in process.
L’hommage n’est pas exhaustif, il est dédié aux pionniers des avant-gardes du XXème. Irréductibles progressistes, l’indépendance les a guidés à travers celle fluctuante des temps. Ils ont montré des voies de libération.
Parmi ces « réformateurs de vie », je cite, Gusto Gräser emblématique de la révolution amorçée au début du siècle et qui a porté ses fruits en 68.
Co-fondateur de Monté Verita, laboratoire d’un nouveau modèle communautaire dans le Tessin, il a silloné l’Europe sans relache dans la première moitié du siècle, militant pour la paix à travers les crises et le chaos.
D’autres sont à redécouvrir; cette série fonctionne pour tous comme un activateur de mémoire.



Trilogie D'après Catulle

Vues de l'exposition Trilogie D'après Catulle
Installation de trois vidéos dans la vitrine de Diagonale 61 - Techné/Riam Marseille, 2012
Dans le cadre du projet de Véronique Rizzo "Synopsie", avec la collaboration de David Merlo, compositeur, Techné/Riam producteur de projet à Marseille, Saw Vidéo, Ottawa Canada

La synopsie est un phénomène sensoriel qui consiste, pour un sujet, à éprouver des sensations colorées lorsqu’il perçoit certains sons. S’inscrivant dans le cadre de la collaboration de Véronique Rizzo avec Technè/RIAM, "Synopsie n°1, Trilogie d'après Catulle" est un ensemble de vidéos en trois volets, trois tableaux en mouvement où il est question d'une synergie de formes vibratoires, dynamiques et spatiales.
Catulle est un poète romain du premier siècle avant J.C. dont Véronique Rizzo s'est inspirée dans sa façon d’imbriquer différentes fictions mythologiques et de déstructurer la linéarité de la narration. Pour la réalisation de cette trilogie, l'artiste réunit des références à la mythologie grecque et indienne, à l'art abstrait et à des champs culturels qui englobent l'architecture virtuelle ou l'esthétique des jeux vidéos.
Ainsi, la première vidéo de la trilogie fait référence au mythe d'Ariane à travers la structure du labyrinthe, transformant la grille de Diagonales 61 en support narratif pour le déroulement d'un jeu de fuite, figurant une tentative de libération et d'émancipation par le biais de la rencontre amoureuse.
Dans ce mythe, il y a une dimension libératrice qui commence par une trahison: Thésée, héros de la civilisation athénienne, trahit Ariane qui lui avait pourtant donné les clés du labyrinthe de Cnossos pour afin qu'il vainque l’homme-taureau, le tellurique. S'ensuit l'abandon et la solitude d'Ariane, exilée dans son île où, après une plongée dans son labyrinthe intérieur, elle opère une libération. Ariane a le courage d’écouter Dyonisos, étant l'une des premières femmes à risquer une émancipation et par là même ouvrant une autre qualité d'être dans le monde. Le fait d'être capable d'entendre sa "musique" intérieure vient remettre en cause l'ordre patriarcal et le logos calculateur dans une société focalisée sur l’avidité, la cupidité et l’opportunisme de Thésée.
Il y a dans ce travail de Véronique Rizzo une façon d'imbriquer la tradition artistique de l'abstraction géométrique et des modalités narratives hétérogènes, qui vont de la mythologie à la culture populaire. Dans le deuxième volet de sa trilogie, elle met en place une dynamique visuelle abstraite dont certains éléments peuvent éventuellement rappeler l'iconographie féministe. Le titre de la pièce Shakti, évoque l'entité hindoue de l'énergie dynamique féminine, sorte de principe actif où le mâle devient passif dans son rôle inséminateur, souvent représentée par la fusion de deux entités, masculine et féminine. Le titre du troisième volet, Yab-Yum, signifie un couple de divinités du tantrisme tibétain symbolisant l'imbrication non-duelle des deux principes masculin et féminin.
L’abstraction de Véronique Rizzo rentre en dialogue avec les avant-gardes historiques, des constructivistes russes jusqu’à l’op art, en passant par l’art concret ou le Bauhaus, tout en redéfinissant, contredisant ou amplifiant ces fondements théoriques. Son travail ne fonctionne pas sur un principe d’opposition entre la rationalité moderniste et les pulsions, le romantisme débridé ou la sensualité tropicale des motifs. Il n’oppose pas non plus les formes pures et autonomes de l’abstraction et des motifs issus de la culture populaire (génériques d’émissions de télévision ou de films des années 1960-70, BD, science-fiction, cultures urbaines, musiques électroniques, psychédélisme), en portant un regard critique sur le fait que les formes cinétiques ont été rattrapées par l’industrie de la communication de masse, le graphisme et le design. Son travail est une affirmation intense de la puissance émotionnelle de l’abstraction.
Pedro Morais


Fondation Vasarely

Vues d'exposition à la Fondation Vasarely, Aix-en-Provence, 2012
Photographies Thomas Bataile (projections) et René Barthélémy

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