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ARTISTES
DE A à Z


Monique DEREGIBUS 

I love you for ever Hiba, édition Filigranes
Liban, été 2005 - Las Vegas, Nevada, Etats Unis, février 2007



Tout commença en juillet 2006 lorsque je devais pour la seconde fois consécutive me rendre au Liban afin d’y terminer le projet photographique que j’y avais engagé l’été précédent ; la guerre civile (1975-1990) semblait bien loin alors, et  je tentais de témoigner de cette autre violence qui a pour tendre nom « reconstruction » ; je prenais mon billet d’ avion pour me rendre au Liban.
On sait ce qui arriva alors ; mes amis étaient  là-bas sous les pluies des bombes chimiques, et au cours de ce mois de juillet 2006 je suis restée à Marseille, abasourdie par la brutalité de ce déclenchement de guerre disproportionné.
C’est à ce moment là sans doute – recherchant en une sorte d’équivalence à ma rage - une métaphore pour dire ce désir de mort au cœur  des hommes qu’a germé en moi le retour sur Vegas, Nevada ; j’ étais passée par là en 1999 et je m’étais dit alors que si l’enfer existait sur terre il devait probablement ressembler à « ça » ?

Je devais désormais oser cette virée dans Vegas puante et scintillante de mille feux, - grosse machine inflationniste de désespoir -  afin de mieux révéler l’ outrance  de ce spectacle autarcique qui ne cesse de réduire l’ humain à de la valeur ajoutée… écrasante puissance de «  l’ empire américain » dans cette course à la mondialisation de nos souffles, de nos représentations,  pris en otage que nous sommes  d’un monde qui tourne mal,  happé par les baudruches du grand capital planétaire.
Las Vegas,  comme paradigme de ce qui s’exporte et nous regarde tous, Las Vegas, l’empire du toc, Las Vegas qui triomphe misérablement car ici la vie ne tient qu’ à un fil, elle a sa propre logique car elle y inclut légitimement sa propre fin.

A propos du thème de « l’identité » proposé par Septembre de la photographie 2008,  j’avais écrit : « l’inquiétude par rapport à l’usage de ce terme proviendrait du fait que l’ère de la mondialisation et de ses effets  ravageurs que nous connaissons désormais si bien,  semble plutôt générer  une tentation de repli : repli sur l’ idée de nation, de région, de regroupement ethnique, linguistique, religieux, sexuel...  nul ne doute qu’il s’agisse là d’ un contre effet de la globalisation; le capitalisme ne cesse de nous submerger d’ une production d’ objets ayant pour fonction de nous isoler toujours plus dans nos solitudes,  en fabricant d’ est en ouest et à vive allure « du même » sans épaisseur;  « la tendance » alors  serait de s’ inventer des territoires  singuliers et rétrécis, « identitaires », dans lesquels  l’ autre n’ aurait de véritable fonction qu’ à y tendre son propre miroir . »

Vegas : première destination touristique au monde des américains !
l’autre n’ y existe pas ; le lointain, les pays  se réduisent tour à tour à des containers pour machine à sous boulimiques… Venise Paris Le Caire et même Bagdad… dans la survivance du « Casino Aladdin », s’illuminent à heures fixes pour ranimer ces empires de carton pâte goulus. Sans doute et à ce compte là seulement ? on doit pouvoir - sans trop d’état d’ âme – répandre stratégiquement le chaos « ailleurs ».

Monique Deregibus, décembre 2008